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Près d’un contrat sur deux est encore mal évalué aux transports

La vérificatrice générale dépose son rapport sur la gestion contractuelle au MTQ

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Le plus grand donneur d’ouvrage public du Québec « manque de rigueur » dans ses estimations : près d’une fois sur deux, le ministère des Transports sous-estime ou surévalue encore la valeur de ses contrats, déplore la vérificatrice générale.

• À lire aussi: Les renseignements personnels en péril à la RAMQ et à Retraite Québec

Malgré tous les changements apportés à sa gestion contractuelle, « le manque de rigueur persiste dans les estimations réalisées par le personnel du ministère », peut-on lire dans le plus récent rapport de la vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, déposé mercredi à l’Assemblée nationale.

Il s’agit pourtant d’une « étape importante » pour minimiser les dépassements de coûts et « s’assurer que les prix soumis par les firmes sont justes et raisonnables », rappelle la vérificatrice générale.

251 M$ en dépassements

Ainsi, les coûts de 44 % des 5277 contrats de construction et de services professionnels ou techniques octroyés au cours des deux dernières années ont été mal évalués, a constaté Mme Leclerc.

Résultat : pour 1260 contrats, les fonctionnaires du MTQ se sont retrouvés en fin de compte avec des dépassements de coûts de plus de 251 M$.

Pour 1065 autres contrats, les coûts ont aussi été surévalués de près de 146 M$.

« Ces données démontrent que le ministère a toujours d’importants efforts à faire pour effectuer une estimation juste des coûts des contrats », écrit Mme Leclerc dans son rapport.

Dans la majorité des cas, ces écarts sont « attribuables principalement au manque de rigueur des estimations », considère la vérificatrice générale. Elle a notamment constaté que le ministère se base parfois sur des coûts historiques moyens « inappropriés » et que la complexité des projets est souvent sous-évaluée.

Manque de personnel

Un volet important du rapport soulève aussi les difficultés de recrutement de personnel auxquelles le MTQ fait face.

Sept ans après la mise en branle d’un plan de renforcement, il manque toujours 225 ingénieurs et techniciens de travaux publics pour combler les besoins.

C’est d’ailleurs ce qui explique une partie des problèmes du MTQ.

Faute de pouvoir compter sur toute l’expertise requise à l’interne, le ministère fait de plus en plus appel à des firmes, par exemple pour la surveillance de chantier, qui elles-mêmes ne sont pas assez surveillées par le ministère. Et ces firmes ont tendance à sous-évaluer les coûts.

« C'est certain qu'en manquant de personnel, [...] on n’a pas le choix de se tourner vers des firmes », a résumé Mme Leclerc, en conférence de presse.

Elle craint que ces problèmes s’amplifient avec l’accélération des projets d’infrastructure annoncée par le gouvernement.

Interpellé à ce sujet, le ministre des Finances, Eric Girard, a laissé entendre que le contexte actuel pourrait faciliter le recrutement de main-d’œuvre au MTQ, en raison de l’annulation ou du report de plusieurs chantiers dans le secteur privé.

« La possibilité, pour le MTQ, d’embaucher des ingénieurs, est tout autre que ce qu'elle était en février », a-t-il observé.

Ce qu’ils ont dit:    

  • « Rien n'a changé depuis la commission Charbonneau : la porte est toujours ouverte à la collusion et aux dépassements de coûts. L’immense volume de contrats qu’il accorde chaque année dépasse sa capacité à les surveiller, ce qui n’est pas rassurant pour les contribuables. » –Christian Daigle, président général du SFPQ
  • « En 2019, on a atteint près de 90 % de l’objectif d’embauche. Depuis 2011, c’est 50 % de mieux, mais il y a encore beaucoup à faire. » –François Bonnardel, ministre des Transports
  • « C'est très inquiétant, surtout qu'on sait qu'on se dirige vers une accélération des grands chantiers publics et des grands travaux d'infrastructures. » –Vincent Marissal, porte-parole de Québec solidaire en matière de justice fiscale   
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