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Les «pistes pandémie»: un réseau implanté à la vitesse grand V

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MONTRÉAL – Il ne s’est écoulé que deux semaines entre l’annonce de la mairesse de Montréal Valérie Plante de la création d’un vaste réseau de pistes cyclables et piétonnes temporaires et la mise en place de plusieurs segments de celui-ci. 

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À la fin de l’été, 112 km de pistes temporaires auront été installés et 88 km de rues auront été réaménagés pour favoriser le transport actif et la distanciation sociale.

La vitesse d’implantation de ces «pistes pandémie» – qui se fait de l’aveu de la Ville en «un temps record» – a déjà eu des impacts sur la vie des Montréalais.

Photo Agence QMI, Maxime Deland

Confusion

Pistes cyclables, corridors sanitaires, voies réservées aux piétons, trottoirs... Les voies de circulation se multiplient dans la métropole et la cohabitation se fait parfois dans la confusion.

Quelques heures d’observation à plusieurs endroits dans la métropole ont permis de remarquer que plusieurs cyclistes et joggeurs circulaient dans des voies qui ne leur étaient pas destinées.

Sur la rue Sherbrooke, près du parc Maisonneuve, la piste cyclable d’origine devient consacrée aux piétons à partir de l’Insectarium, et une nouvelle voie cyclable a été aménagée dans la rue en parallèle. Lors du passage du «24 Heures», de nombreux cyclistes manquaient le changement de tracé et poursuivaient sur la voie piétonne. «J’ai roulé là ce matin, les gens ne sont pas habitués. Une chance qu’il y a une lumière rouge. Faut regarder parce que très vite, on n’est plus à la bonne place», a témoigné la cycliste Sophie Ayotte.

Photo Agence QMI, Maxime Deland

Surprises et casse-tête pour le stationnement

L’ajout soudain des pistes cyclables a fait disparaître des places pour garer les voitures, ce qui crée un casse-tête pour les Montréalais qui n’ont pas de stationnement privé.

Par exemple, la nouvelle voie sur l’avenue du Parc-La Fontaine raréfie les espaces de stationnement déjà peu nombreux sur le Plateau-Mont-Royal et complique les livraisons.

«Avant, les livreurs pouvaient se trouver une place sur le côté. Maintenant, ils n’ont pas le choix de bloquer la rue ou de bloquer la piste cyclable», a avancé Francis Vilandré, qui habite sur cette rue.

Danny Bouchard, aussi résident du Plateau, croit que cette mesure augmentera l’embourgeoisement de la métropole. «Seules les familles et personnes âgées à haut revenu peuvent prétendre pouvoir habiter dans les quartiers centraux de Montréal. Seuls eux peuvent se payer du stationnement dans ces quartiers qui sont devenus hors de prix. Le mix social n’y est plus», a-t-il dit.

La Ville ne communique pas toujours clairement ses plans. Caroline Rolland et Laurent Gaudré, qui habitent sur l’avenue Christophe-Colomb dans le quartier Villeray, ont fait le saut en voyant apparaître d’un coup devant chez eux une piste cyclable bidirectionnelle de chaque côté de la rue, ce qui a initialement retiré tout le stationnement situé sur cette importante artère.

Après quelques jours, le stationnement a été rétabli des deux côtés de la rue, entre la nouvelle piste cyclable et l’espace restant pour les voitures. Les citoyens n’ont jamais été informés des détails, constatant le retrait et l’ajout des places en sortant de chez eux.

Photo Agence QMI, Maxime Deland

Les cyclistes heureux

Les grands gagnants de ces nouvelles pistes sont bien sûr les cyclistes, qui peuvent maintenant se déplacer facilement sur des grands axes montréalais où la circulation à vélo était plus ardue auparavant.

«Je vois d’un bon œil la mise en place de ces corridors, je circule à vélo été comme hiver», mentionnait la semaine dernière Rock Larocque, un cycliste qui utilisait pour la première fois la nouvelle piste sur la rue Rachel.

Émily Boisvert se réjouissait également de l’ajout des pistes qui passent maintenant devant son domicile, elle qui habite sur l’avenue Christophe-Colomb.

Une hausse de 15 à 20 % de l'utilisation du vélo a d’ailleurs été observée au mois de mai à Montréal comparativement à la même période en 2019, selon Éco-Compteur, qui fournit des données sur les déplacements actifs à la Ville.

Dans certains secteurs, par exemple à Ahuntsic, il y a même deux fois plus de cyclistes que l’an passé, a affirmé le directeur du bureau montréalais d’Éco-Compteur Jean-François Rheault.

Au contraire, au centre-ville, on retrouve moins de déplacements à vélo que d’habitude, vu la fermeture des édifices à bureaux.

Photo Agence QMI, Joël Lemay

Trop de pistes, pas assez de cyclistes?

Le volume de cyclistes qui circulent sur les artères choisies par la Ville pour l’installation des «pistes pandémie» varie beaucoup selon l’emplacement et peut laisser croire qu’il y a trop de pistes pour le nombre de cyclistes.

Par exemple, sur l’avenue Christophe-Colomb, les cyclistes disposent maintenant de quatre voies pour circuler. Le «24 Heures» a compté le nombre de cyclistes qui roulaient sur cette artère à la hauteur de la rue Everett durant une heure un mardi en fin d’après-midi, et n’en a recensé que 56, soit moins d’un par minute.

Au contraire, sur la rue Rachel près des Shop Angus dans Rosemont, quelques 170 vélos sont passés en une heure le même jour.

Il est difficile d’estimer le nombre de cyclistes et d’automobilistes qui circuleront sur ces rues une fois que l’activité économique aura repris; il faut dire qu’aucune étude de circulation n’a été effectuée avant l’installation des pistes, puisque la Ville voulait les mettre en place le plus rapidement possible.

La majorité des pistes sont censées être temporaires et conçues pour durer tout l’été et l’automne. «La pérennité des installations n’est pas encore discutée à ce stade-ci», peut-on lire dans un document préparé par la Ville.

Danny Bouchard, résident du Plateau-Mont-Royal, est toutefois sceptique, et croit que Projet Montréal, le parti de la mairesse, veut les laisser en place. «Je suis convaincu que ça va être permanent», a-t-il dit.