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Ce que cachait le silence de Trudeau

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Même si tous les Canadiens ont trouvé très long le silence de Justin Trudeau, 21 secondes, c’est plutôt bref pour cacher tant d’impuissance.

Notre premier ministre est assez futé pour savoir que, face aux États-Unis, il a les deux mains attachées dans le dos et que tout geste de rébellion pourrait pousser Washington à lui appliquer le genou contre la nuque.

Nos premiers ministres ont toujours abordé les États-Unis avec une extrême prudence. Ironie du sort, c’est le père de Justin qui s’est montré le plus affranchi à leur égard. Jean Chrétien aussi lors de la guerre en Irak. Mais ni papa Trudeau ni le p’tit gars de Shawinigan n’ont eu affaire à un président rustre et revanchard comme Donald Trump.

S’il s’était agi simplement de dénoncer le racisme des Américains suite à la mort de George Floyd, le silence de Justin aurait pu être de courte durée, car il n’a jamais hésité à dénoncer le racisme, même celui qui existe dans notre pays. Si son silence fut aussi long, c’est que le contentieux avec les États-Unis ne cesse de s’alourdir et qu’il nous laisse tous bouche bée.

MÊME LA FRANCE A CAPITULÉ  

À 30 jours de l’entrée en vigueur de l’ACEUM (le fragile accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique), Justin Trudeau ne pouvait se permettre de brasser la cage et d’y aller d’une déclaration fracassante. Peut-être savait-il déjà ce qui allait suivre dans l’après-midi. Le point de presse de Trudeau à peine terminé, Robert Lighthizer, le « bully » de Washington en matière commerciale, annonçait une autre charge contre les pays qui veulent taxer les géants du net.

L’an dernier, Paris a adopté une loi imposant ces géants à hauteur de 3 % de leurs revenus réalisés en France. En vertu du chapitre 301 de la Loi américaine de 1974 sur le commerce, le président Donald Trump fut donc autorisé, en guise de représailles, à imposer sur le vin, les fromages et d’autres produits français des tarifs douaniers pouvant atteindre 100 %. Paris a capitulé dès janvier et suspendu sa loi pour s’en remettre à la taxation dont conviendrait l’OCDE. Les 36 pays membres (dont les É.-U.) doivent arriver à un accord d’ici octobre.

UNE TRÈS MAUVAISE JOURNÉE

Lighthizer a annoncé, mardi, que le président imposera la même médecine au Brésil, à l’Angleterre, à la République tchèque, à l’Inde, à l’Indonésie, à l’Italie, à l’Espagne et à la Turquie s’ils persistent à vouloir imposer les géants du net.

Comme si toutes ces considérations n’étaient pas suffisantes pour meubler le silence de Trudeau, il venait d’apprendre que la TVQ, perçue par les géants du net, avait rapporté au Québec la somme de 128 millions $ depuis janvier 2019. Pour l’heure, 559 sociétés faisant affaire sur le net perçoivent la TVQ. Pendant ce temps, Ottawa n’a pas encore osé demander que les sociétés étrangères du net perçoivent la TPS. Au détriment des entreprises canadiennes qui doivent la percevoir. 

En septembre dernier, en pleine campagne électorale, le premier ministre s’était engagé à imposer les géants du net à raison de 3 % de leurs revenus canadiens dès le 1er avril de cette année. Dans la foulée, les autres chefs de parti avaient fait la même promesse.

Après son long silence de mardi, le premier ministre a dû avoir un gros mal de tête.