/misc
Navigation

Lois raciales: les nazis s’inspiraient des É.-U.

Lois raciales: les nazis s’inspiraient des É.-U.
Photo AFP

Coup d'oeil sur cet article

Près d’une centaine de villes américaines sont perturbées par les troubles raciaux qu'a provoqués l’assassinat, par la police, d’un Noir déjà appréhendé. Pour rétablir l’ordre, Trump a fait appel à l’armée. Il espère se servir des tensions raciales actuelles pour faire peur aux Blancs et ainsi assurer sa réélection. À l’instar de son ancien secrétaire à la Défense, le général Mattis, je pense que Trump est une menace claire et immédiate pour la démocratie.

Qui contestera que Trump tient régulièrement des propos racistes envers les Noirs, les Hispaniques et même les Juifs? Il a d’ailleurs été dénoncé par des organisations juives pour avoir tenu des propos jugés antisémites.

Mais le racisme institutionnel, le racisme juridique, le racisme sociétal est une tare qui a caractérisé une bonne partie de l’histoire des États-Unis, au point où l’Allemagne nazie s’est inspirée du «modèle américain». C’est ce que révèle le Pr James Whitman, de la Faculté de droit de l’Université Yale, dans son livre Hitler’s American Model: The United States and the Making of Nazi Race Law. Hitler et les nazis ont élaboré leurs lois raciales en prenant exemple sur ce qui se passait aux États-Unis.

Dans les années 1930, les Américains étaient les leaders mondiaux dans l’application juridique du racisme. Aucun autre pays, pas même l'Afrique du Sud, ne possédait un ensemble comparable de lois basées sur la race, constate Whitman. Son étude est une recherche détaillée de l'influence américaine sur les horribles «lois de Nuremberg», la principale législation anti-juive du régime nazi.

Le nazisme a triomphé en Allemagne alors que les lois ségrégationnistes anti-noirs dites «Jim Crow» étaient en vigueur dans la majorité des États américains, 26 sur 48. Whitman rappelle qu’Hitler louange les pratiques raciales américaines dans Mein Kampf.

Lois raciales: les nazis s’inspiraient des É.-U.
Photo d'archives, AFP

Les lois américaines sur la citoyenneté et le métissage ont directement inspiré deux des principales lois de Nuremberg, qui, entre autres ignominies, retiraient aux Juifs la citoyenneté allemande et leur interdisaient de se marier ou d'avoir des relations sexuelles avec des Allemands «de race», l’infâme «Loi sur la protection du sang allemand et de l'honneur allemand».

Dès la proclamation des lois de Nuremberg, 45 avocats et juges nazis, sous les auspices de l'Association des juristes nationaux-socialistes allemands, se sont rendus aux États-Unis, où ils ont été chaleureusement accueillis: ils voulaient s’initier aux différents systèmes juridiques ségrégationnistes américains.

Le Pr Whitman rappelle que ni les démocrates ni les républicains n'ont cherché à restreindre les lois raciales tant admirées par les juristes nazis. Au début des années 30, pendant la montée du Troisième Reich, environ la moitié des élus démocrates au Congrès représentaient des États ségrégationnistes.

Des précédents américains ont également éclairé d’autres textes nazis importants, comme le Manuel national-socialiste de droit et de législation édité par le futur gouverneur général de Pologne, Hans Frank, pendu pour crime de guerre. Le manuel contient des références à des lois raciales américaines concernant les Amérindiens, des critères de citoyenneté pour les Philippins, les Portoricains et les Afro-Américains, et des interdictions de métissage dans les États ségrégationnistes.

Une dernière observation. Hitler est devenu chancelier en janvier 1933. Quelques semaines plus tard, il a utilisé le prétexte de l'incendie criminel du Reichstag pour se faire voter les pleins pouvoirs. Dans la confusion politico-sociale de l’époque, à la dernière élection générale, alors qu’Hitler était déjà au pouvoir, les nazis n’ont obtenu que 43,9% des voix. Comme Donald Trump maintenant, ils n’avaient pas l’appui de la majorité de l’électorat. 

Les troubles raciaux actuels vont-ils servir les ambitions dictatoriales de Trump et assurer sa réélection?

Heureusement, aux États-Unis, la concorde, la bonne entente et l’esprit de coopération règnent entre les partis, les races, les classes sociales et les différentes régions du pays.