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Sommes-nous racistes?

Legault Charest Arruda
Photo Simon Clark Dire qu’il y a du racisme systémique au Québec, ce n’est pas dire que les Québécois sont racistes.

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J’aime beaucoup François Legault. Même que j’aurais aimé être sa fille. Ou encore mieux, sa nièce. Comme ça, dans les partys de famille, on aurait pu discuter, un peu guerlots, de racisme systémique. 

Parce que quand je l’ai entendu, en point de presse, dire qu’il n’y a pas ici, chez nous, de système en place qui fait qu’on s’organise pour discriminer, j’étais légèrement dubitative.

Personne au cabinet du PM n’a semblé s’assurer de sa compréhension du concept de racisme systémique. Dans la conjoncture actuelle, c’est assez surprenant. Voire maladroit.  

Définition

Dire qu’il y a du racisme systémique au Québec, ce n’est pas dire que les Québécois sont racistes. Ce n’est pas non plus avancer que le racisme est systématique ou érigé en système. 

Quand on parle de racisme systémique, la plupart des gens trouvent ça exagéré. Un peu comme quand on parle de culture du viol. 

Viol, racisme. Ce sont des mots violents. Et quand on les jumelle avec des termes qui sous-entendent l’idée d’une tendance sociale, les gens sont sur la défensive. Ils ont l’impression qu’on les attaque personnellement. Qu’on les traite de racistes ou de violeurs. 

Donc de la même façon que culture du viol n’égale pas que tous les hommes sont des violeurs, racisme systémique n’égale pas que nous sommes racistes individuellement.  

Quand on utilise «racisme systémique», on fait référence à un système qui permet la discrimination basée sur la couleur de la peau. 

On parle de l’ensemble des oppressions que subissent les personnes racisées dans des domaines comme la justice, l’éducation ou la santé.  

Privilège 

Ce qui m’amène à vous parler du privilège blanc. L’idée, ici, ce n’est pas de se sentir coupables d’être blancs. C’est de reconnaître ce privilège. 

Je ne me ferai jamais arrêter par la police en voiture parce qu’on me suspecte de conduire un char volé. Aucun employeur n’écartera mon CV à cause de mon nom à consonance étrangère. 

Réalisons notre privilège, donc. Et écoutons ceux qui se disent victimes d’injustice sans nous sentir toujours attaqués. Reconnaissons qu’il est difficile, pour certaines personnes, d’avoir accès à des choses qu’on tient pour acquises. 

Là on parle de la communauté noire, mais le racisme systémique concerne d’autres minorités qui sont, elles aussi, victimes du phénomène. Mettons les Autochtones. 

Parlons-en des Autochtones, justement. J’ai vu M. Legault porter cette semaine une épinglette évoquant les femmes autochtones disparues ou assassinées.

Ce geste soulignait la remise du rapport de l’ENFADA, rendu public il y a un an. Le premier ministre était tout content de se montrer solidaire des femmes autochtones sur Twitter. 

Il ne m’a cependant pas répondu quand je lui ai demandé, toujours sur Twitter, si le fait qu’on ait attendu tant d’années avant de reconnaître — et d’enquêter sur — le sort des femmes autochtones constituait du racisme systémique. 

Maintenant qu’il connaît la définition de cette expression et que c’est écrit dans Le Journal, peut-être daignera-t-il nous faire l’honneur d’une réponse.