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Le périple «complètement fou» du rorqual à bosse

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À cette époque de l’année, le rorqual à bosse devrait se trouver parmi les siens, à Tadoussac. Le biologiste Robert Michaud tente de comprendre ce qui l’amène dans le port de Montréal, à 450 kilomètres de son habitat habituel.  

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«On ne sait pas pourquoi il fait ce périple complètement fou!», admet-il d’emblée. 

En temps normal, le rorqual devrait passer l’été dans l’estuaire du Saint-Laurent, avec son eau salée et ses grandes marées, avant de migrer vers les Caraïbes pour y passer l’hiver. 

Mais voilà qu’il a élu domicile dans le port de Montréal depuis près d’une semaine, au grand bonheur des Montréalais qui viennent l’admirer depuis la rive. 

Dès le 25 mai, il a été aperçu par un bénévole à Sainte-Irénée, dans Charlevoix, probablement en train de se nourrir de capelan. Le 26, il était déjà rendu à Québec, à 100 kilomètres de là. 

M. Michaud, membre du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins (GREMM), soupçonne que le poisson aurait pu attirer le jeune rorqual jusqu’à Montréal. 

«Juste avant son arrivée, il y avait des mouvements très importants d’alose savoureuse, un petit poisson dont il pourrait se nourrir», explique-t-il. 

Le baleineau, âgé d’à peine deux ans, aurait pu suivre un banc de poissons jusqu’à se retrouver devant la métropole. 

Dans le monde, les cas de cétacés en bas âge qui s’égarent sont relativement communs. «Ça peut correspondre à l’hypothèse que c’est des jeunes inexpérimentés qui font des erreurs et qui explorent.»

Danger potentiel

Le biologiste prévient que la situation pourrait devenir problématique à moyen terme pour le rorqual à bosse s’il ne retourne pas en eau salée. «Ça pourrait mal se terminer. C’est quand même un endroit inusité et pas tout à fait approprié pour lui.»

L’animal a d’ailleurs déjà commencé à développer des problèmes de peau. La déshydratation le guette également, mais son retour en eau salée pourrait régler le problème. 

«Notre grande question est : est-ce qu’il s’alimente?», s’inquiète M. Michaud. 

Le chercheur tend à penser que oui, parce que le rorqual à bosse se tient souvent à contre-courant, une stratégie pour s’alimenter. 

Il affirme que des images sont transmises régulièrement à Stéphane Lair, le médecin vétérinaire qui suit l’animal avec le groupe de recherche. 

«Pour l’instant, on ne voit pas de signe d’amaigrissement de l’animal, ce qui nous laisse espérer que quand l’animal va le décider, il va pouvoir retourner dans son environnement naturel. C’est ce qu’on souhaite. »

La véritable inquiétude des chercheurs du GREMM est une collision entre l’animal et un bateau de plaisance. «Le plus important, c’est de laisser le plus d’espace possible au rorqual. Si des gens se promènent sur l’eau, c’est très important de garder une distance d’au moins 200 mètres», rappelle-t-il. 

En forme malgré tout  

«Le rorqual a des périodes de haute activité, ce qui laisse croire qu’il est en bonne condition», estime le biologiste. 

Effectivement, dans les derniers jours, la baleine a donné tout un spectacle aux curieux qui sont venus l’observer. Sauts hors de l’eau, coups de queue, coups de pectoral...

«Ces comportements sont normaux chez les rorquals à bosse. C’est des animaux qu’on dit parfois exubérants et expressifs. C’est pour tout un ensemble de fonctions: communiquer, regrouper la nourriture, se débarrasser de parasites...», explique-t-il. 

Alors qu’il était surtout actif en soirée, le rorqual a commencé à faire des sauts plutôt en fin d’après-midi, remarque-t-on.