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Travailleurs migrants: manifestation devant les bureaux de Trudeau

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MONTRÉAL – Quelques centaines de manifestants ont interpellé les deux paliers de gouvernement, samedi, pour que soient régularisés les migrants sans statut qui travaillent en services essentiels depuis le début de la crise.

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Arrivée de manière irrégulière il y a trois ans via le chemin Roxham, en Montérégie, Magdala Pierre-Michel n'est toujours pas reconnue comme réfugiée: une attente interminable, qui ne l'empêche pas de travailler comme préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD de Mont-Laurier, dans les Laurentides.

Transférée en zone chaude à Montréal depuis le début de la pandémie, elle cumule les quarts de travail de 16 heures et considère avoir mérité un statut régulier pendant cette crise.

Joël Lemay / Agence QMI

«Il n'y a pas d'avenir pour les demandeurs d'asile. Comme je n'ai pas de carte d'assurance maladie, je n'ai pas pu passer mon test pour la COVID à Mont-Laurier. J'ai dû aller à Montréal. Je ne peux pas non plus commencer mes démarches pour faire reconnaître mon diplôme», a illustré celle qui était infirmière en Haïti.

Joël Lemay / Agence QMI

En théorie, les demandeurs d'asile risquent l'expulsion du pays s'ils n'arrivent pas à faire la preuve que leur sécurité est menacée dans leur pays d'origine.

Québec et Ottawa interpellés

Conscients que ce fardeau est lourd à porter, les manifestants ont clamé samedi que les travailleurs essentiels dans cette situation doivent plutôt reconnus comme résidents permanents, et ce, le plus rapidement possible.

Joël Lemay / Agence QMI

Comme l'octroi de la résidence permanente est de juridiction fédérale, la manifestation, la deuxième de ce genre depuis le début de la crise, a débuté devant les bureaux montréalais du premier ministre Justin Trudeau. 

Le gouvernement Legault était cependant lui aussi visé par les revendications.

Le provincial pourrait en effet donner plus rapidement le Certificat de sélection du Québec (CSQ) à ces travailleurs sans statut.

Joël Lemay / Agence QMI

«Habituellement, quand on a le CSQ, c'est une lettre à la poste pour obtenir la résidence permanente du fédéral ensuite», a expliqué le député de Québec Solidaire Andrés Fontecilla, qui participait à la marche.

Or, le gouvernement Legault est assez conservateur sur ce sujet pour l'instant. Joint par l'Agence QMI, le cabinet du ministre de l'Immigration, Simon Jolin-Barrette, a indiqué que l'on procéderait présentement à l'analyse accélérée de dossiers de travailleurs essentiels. Il s'agit d'une situation exceptionnelle, comme ces dossiers étaient considérés comme entièrement de compétence fédérale, puisque l'on parlait de demandes de réfugié, a-t-on précisé.

Pour Andrés Fontecilla, l'approche du gouvernement Legault manque de mordant.

«L'analyse au cas par cas, c'est déjà ce qui est fait en temps normal. Là, c'est une situation exceptionnelle, il faut que l'on donne le CSQ de manière systématique aux travailleurs essentiels demandeurs d'asile», a plaidé le député de Québec Solidaire.

Joël Lemay / Agence QMI

Pas une première

Le gouvernement fédéral pourrait très bien attribuer la résidence permanente sans les CSQ de Québec. Or, comme les ententes administratives entre les deux paliers de gouvernement sont bien ficelées, il serait étonnant qu'Ottawa agisse ainsi, selon l'avocat en immigration Stéphane Handfield.

Me Handfield est favorable à une reconnaissance des demandeurs d'asile qui ont travaillé dans le réseau de la santé et s'explique mal que le gouvernement Legault soit aussi frileux.

«C'est difficile de savoir de combien de gens on parle, mais on parle de moins de 1000 personnes, c'est sûr», a-t-il insisté.

L'avocat espère que Québec et le fédéral finiront par s'entendre sur une façon de faire front commun pour passer outre les règles habituellement en vigueur.

«Ce ne serait pas une première. Ça s'est fait pour le regroupement familial en 2010 après le tremblement de terre en Haïti. On avait aussi modifié les règles pour les réfugiés algériens dans les années 90», a rappelé Me Handfield.

Joël Lemay / Agence QMI