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Outrées que SNC-Lavalin ose s’adresser à la Cour suprême

857 familles attendent 210 millions $ pour des dommages à leurs maisons

Éric Baril
Photo Amélie St-Yves Éric Baril, photographié devant sa maison de Trois-Rivières, souhaiterait que SNC-Lavalin règle la note pour soulager les victimes.

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TROIS-RIVIÈRES  |  Plus de 850 familles digèrent mal que SNC-Lavalin s’adresse à la Cour suprême, après avoir été trouvée coupable d’avoir autorisé la construction de leurs maisons avec du béton destiné à craquer.

Éric Baril faisait attention aux gros mots samedi, questionné sur l’intention de SNC-Lavalin d’être entendue par le plus haut tribunal du pays. Il fait partie des 857 victimes qui attendent depuis 2014 d’être dédommagées d’une somme globale atteignant 210 millions $ aujourd’hui.

« Je trouve ça dégueulasse. On a besoin de cet argent-là, on est des victimes et il faut que ça se règle. C’est assez », a lancé le père de trois filles.

Le Trifluvien de 41 ans avait emprunté 125 000 $ pour une autoconstruction en 2005, puis il a dû réemprunter 150 000 $ pour la réparer lui-même quand les fondations se sont mises à fendre.

Une photo de sa rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau en avril 2016.
Photo d'archives, Amélie St-Yves
Une photo de sa rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau en avril 2016.

En Mauricie, plus de 2000 maisons ont été construites sur du béton contenant de la pyrrhotite, un minerai qui gonfle au contact de l’eau et qui fait craquer les fondations. Comme c’est le cas avec M. Baril, le coût des réparations dépasse généralement la valeur de la maison.

« Les victimes sont fâchées, déçues. C’est de la rage qu’elles ont. Elles ont l’impression de se faire niaiser par une compagnie qui a des milliards », affirme le président de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite, Alain Gélinas.

Près de 4000 autres maisons construites il y a une quinzaine d’années sont à risque et n’ont toujours pas eu de test pour la présence de pyrrhotite.

Condamnée deux fois​

SNC-Lavalin avait été condamnée initialement en juin 2014, entre autres pour avoir fourni des rapports disant que la pierre était adéquate pour la fabrication du béton, quand ce n’était pas le cas. 

Le jugement a été porté en appel et a de nouveau été remporté par les victimes au début de 2020.

La firme s’oppose maintenant au partage des responsabilités qui la tient responsable de 70 % des dommages causés aux maisons des 857 plaignants du premier mégaprocès.

Au moins deux autres procès regroupant d’autres victimes auront lieu, mais seulement quand le premier sera réglé.

50 millions $ d’intérêts

Il n’est pas encore déterminé si la Cour suprême acceptera d’entendre SNC-Lavalin sur ce dossier.

L’avocat des victimes, Me Pierre Soucy, rappelle que même si elle accepte, ça ne veut pas dire que les victimes ne seront pas payées immédiatement. Il faudrait que la firme dépose une demande au tribunal.

« Si jamais ils osent présenter une demande de sursis, soyez assurés qu’elle va être contestée avec véhémence », prévient l’avocat.

Il rappelle par ailleurs que SNC-Lavalin a accumulé pour 50 millions $ d’intérêts depuis juin 2014, soit 30 000 $ par jour.

SNC-Lavalin n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.