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Préposés: Urgent de prendre le temps

Periode des questions
Photo Simon Clark

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« Je suis à l’aise que quelqu’un me critique parce qu’on paye trop bien nos gens en CHSLD, je suis prêt à prendre cette critique-là. »

C’est ce que déclarait François Legault mardi dernier lors du lancement de la campagne de recrutement visant à former 10 000 nouveaux préposés aux bénéficiaires (PAB).

Avouons-le poliment, le raisonnement exprimé par le premier ministre est plutôt simpliste.

Bien sûr, on comprend que l’initiative de former en accéléré une nouvelle génération de PAB est absolument noble.

Mais il est légitime de poser certaines questions, d’autant plus que le succès de l’opération a de quoi laisser dubitatif. On a beau dire qu’il s’agit là d’un « joyeux problème », ça demeure un problème quand même.

Le grand recrutement

La semaine dernière, j’écrivais en ces pages que je craignais que l’appât du gain ne soit un critère prépondérant dans le choix d’un trop grand nombre de personnes. Après tout, on parle du soin de nos aînés.

Ça prend davantage que l’espoir, tout à fait légitime en général, d’obtenir une bonne paie. Oui, c’est important, mais ça ne doit pas faire pencher démesurément la balance.

Avec pas loin de 100 000 inscriptions, force est de constater que c’est malheureusement le cas. On ne me fera pas croire que tous ces gens rêvaient de devenir préposés depuis toujours et que le salaire était le seul obstacle.

Il faudra donc un processus rigoureux. Évaluer les candidatures, mesurer leur niveau d’engagement, de détermination. Séparer le bon grain de l’ivraie.

Le hic, c’est qu’il faudrait faire cela en 10 jours. Il est à peu près impossible d’y arriver sans escamoter le processus, de générer des laissés-pour-compte compétents et des opportunistes contents.

D’autres questions

Le gouvernement a annoncé hier qu’il exigerait un engagement minimum d’un an. Mais une année, c’est court. Quel sera le taux de rétention ? Combien faudrait-il former de nouveaux PAB pour s’assurer d’en avoir encore 10 000 à l’emploi dans 15 mois ?

Comment fera-t-on pour éviter de déshabiller Jean pour habiller Paul ? Pour éviter de vider les résidences privées et de plomber les soins à domicile ?

Il y a ces questions, et bien d’autres qui demeurent sans réponses.

Ce qui ne veut pas dire que le gouvernement ne doit pas aller de l’avant. Seulement, il est parfois urgent de prendre son temps. Ou au moins un peu plus de temps.

Souhaitons, par exemple, que le gouvernement puisse procéder par des cohortes multiples. À coup de 1000 ou 2000 admissions aux deux semaines, disons, et ainsi assurer une entrée progressive et relativement rapide des nouveaux PAB dans les CHSLD à partir du mois de septembre.

Je le répète. L’intention est noble, mais il serait dommage que cet empressement génère davantage de problèmes qu’il n’en règle.

Cela me fait penser à une phrase qu’un ancien patron m’a déjà dite : « Les mauvaises idées, ça n’existe pas. Il n’y a que de bonnes idées qui tournent mal. »