/opinion/columnists
Navigation

Quand l’antiracisme est raciste

Coup d'oeil sur cet article

Voici les deux affirmations les plus brillantes que j’ai entendues sur le racisme.

Martin Luther King : « Je rêve du jour où les enfants ne seront pas jugés à la couleur de leur peau, mais à leur caractère. »

Morgan Freeman : « La meilleure façon de lutter contre le racisme est d’arrêter d’en parler. Je ne te dirai pas que tu es un homme blanc, et je te demanderai d’arrêter de dire que je suis un homme noir. »

LA RACE PARTOUT

Avant, quand le virus de la rectitude politique et de la politique identitaire n’avait pas encore contaminé les esprits, et quand les universités encourageaient le débat au lieu de protéger les petits lapins des « mauvaises pensées », les antiracistes rêvaient d’un monde où la race n’avait aucune importance.

Un Blanc était comme un Noir et un Noir était comme un Blanc. 

Aujourd’hui, certains antiracistes ont élevé la race au rang de marqueur identitaire suprême. 

Non seulement ces militants voient-ils la race partout, mais ils ne voient que ça. 

La race, la race, la race.

Pour eux, la race explique tout. Elle est l’alpha et l’oméga de notre identité. 

Elle détermine tout ce que nous sommes. 

Contrairement à Martin Luther King, ils ne jugent pas les gens à leur caractère, à leurs actes ou à leurs idées, mais à la couleur de leur peau. 

Il y aurait une façon noire de penser. Une façon noire de concevoir le monde. Une façon noire de voter. Une façon noire d’aimer.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

C’est drôle, c’est exactement ce que pensent certains racistes : à savoir qu’il existe une « essence » noire qui distingue les Noirs des Blancs. 

Contrairement aux antiracistes de ma jeunesse, ces antiracistes nouveau genre ne veulent pas abolir la notion de race. Ils veulent la magnifier, la célébrer, la sublimer. 

La rendre incontournable. La dilater jusqu’à ce qu’elle occupe toute la place. 

Je vote pour Une Telle parce qu’elle est noire, j’écoute les disques d’Un Tel parce qu’il est noir, etc. 

TRAÎTRE À SA RACE ?

Cette semaine, à l’émission On n’est pas obligé d’être d’accord sur les ondes de QUB radio, Varda a dit que pour elle, l’idée voulant que les Noirs devraient encourager les commerces détenus par des Noirs ne lui semblait pas la meilleure façon de lutter contre le racisme. 

Résultat : elle a été varlopée par des militants sur les médias sociaux.

Comme si elle était une « traître à sa race ».

Comme s’il n’y avait qu’une façon d’être noire !

Comme si les Noirs devaient tous penser pareil, tous voter du même bord, etc. !

Je suis sûr que Morgan Freeman hoche la tête de dépit lorsqu’il entend ces antiracistes parler. Qu’il trouve leur discours absurde, ridicule.

Car Freeman ne se considère pas un « bon acteur noir ». Mais un « bon acteur, point ». 

UN ÊTRE HUMAIN

George Floyd a été tué parce qu’il était noir. Quand son assassin le regardait, c’est ce qu’il voyait. Pas un individu, mais un Noir.

Or, nous, quand nous avons vu Floyd se faire assassiner en pleine rue, nous avons vu un être humain agoniser devant nos yeux. 

C’est la raison pour laquelle nous avons été si bouleversés.

C’est ce qui nous sépare des racistes. 

Nous ne voyons pas la race.

Ils ne voient que ça.