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Alors, racisme systémique ou pas ?

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Alors qu’une réflexion se forme présentement sur le racisme dans nos sociétés, au Québec, nous nous questionnons à savoir si notre racisme est systémique, ou pas.

À cette question, la réponse dépend de la manière dont on définit le concept.

Si nous le définissions par un «biais discriminatoire produit par le système, de manière consciente ou inconsciente», alors bien sûr qu’il y a du racisme systémique au Québec.

Cela a été dit puis répété un peu partout dans les médias cette semaine : une personne noire, tout comme les personnes arabes et autochtones, risquent davantage de se faire interpeler par la police, tout comme il existe des inégalités à l’accès au logement et au marché du travail pour ces mêmes personnes.

Ce sont des faits factuels et indéniables !

J’ajouterais à cela les témoignages tous aussi déstabilisant que confrontant de nos concitoyens noirs, qui nous ramènent inévitablement à notre propre expérience personnelle.

Exemple : jamais un policier ne m’a arrêté pour une vérification quelconque, ce qui constitue un arrêt quasi routinier des personnes noires.

L’autre type de racisme

Puis parfois, le racisme peut prendre une autre forme insidieuse et camouflée dont nous parlons peu.

Retournons pour cela à la gestion des CHLSD durant la COVID-19. On a beaucoup fait état des agences de placement en santé.

Ces agences, qui sont en fait des entreprises privées qui embauchent toutes sortes de personnes pouvant travailler dans les CHLSD, dont une panoplie de demandeurs d’asile, ont proliféré au Québec dans les dernières années.

Elles sont devenues chose courante pour notre système de santé.

Pourquoi ? Car en période de sous-financement, disons d’austérité pour être plus précis, elles permettent aux gouvernements d’économiser de l’argent.

On préfère donc embaucher des travailleurs précaires, sans sécurité d’emploi et sans avantages sociaux, prêts à accepter les horaires que les autres travailleurs ne sont pas prêts à accepter sans réelle compensation, car c’est financièrement avantageux.

Essentiellement, on profite de la vulnérabilité des demandeurs d’asile pour payer moins.

Appelons ça comme ce l’est vraiment : du racisme néolibéral, que peu dénoncent, mais qui demeure tout aussi dommageable pour le vivre-ensemble.

Comprendre la défensive québécoise

C’est ce qui m’amène à parler de la réaction de bien des Québécois qui ont refusé la notion de racisme systémique.

C’est le cas du premier ministre Legault, de certains commentateurs et de citoyens de générations plus âgées.

Beaucoup sont montés aux barricades en dénonçant vivement, parfois avec une violence un peu déconcertante, leur refus d’admettre la notion de racisme systémique au Québec.

Au lieu de jeter la pierre, essayons plutôt de comprendre.

Le «système» pour eux, est justement celui qui a permis aux Québécois de s’extirper du racisme systémique vécu par rapport au Canada anglais.

L’État québécois, les différentes lois votées à l’Assemblée nationale, les institutions, la langue française, bref tout ce qui compose le «système québécois», c’est ce qui a permis l’émancipation du Québec dans les années 60-70 et 80.

C’est pour cette raison que collectivement, beaucoup sont portés rapidement à refuser d’admettre que ce «système», qui leur a permis d’échapper aux discriminations du Canada anglais, puisse être en fait discriminatoire.

Est-ce que cela veut dire que le concept de racisme systémique ne s’applique pas au Québec pour cette raison ?

Pour ma part, je crois que ce racisme, dans la manière dont nous le définissons aujourd’hui, existe et qu’on doit le combattre ardemment.

Mais avant toute chose, il m'apparaît important de mentionner que ce type de dialogue, tout autant dans l’attaque violente que la défensive irrationnelle, ne nous mènera nulle part collectivement.

Si on accepte de mieux prêter l’oreille, de se mettre dans la peau de l’autre pour mieux le comprendre, il n’y aura pas que du mauvais sur le chemin de la réconciliation.