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Le placement de Québec dans l’A220 abattu par la COVID-19

Déjà dévaluée de 600 M$ en février, la valeur de cet investissement est au ras du sol

GEN - VISITE DE FRANÇOIS LEGAULT AUX INSTALATIONS DE AIRBUS CANADA
Photo d’archives, Martin Alarie Le premier ministre du Québec François Legault et le grand patron d’Airbus, Guillaume Faury, le 20 février dernier, à l’usine de Mirabel.

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En moins de quatre mois, la valeur du placement de Québec dans les avions A220 d’Airbus est passée de plus de 1 milliard $ à presque rien. 

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«Le montant total devrait être radié, les Québécois ont perdu 1,3 milliard $» dans le programme développé par Bombardier sous le nom de C Series, a tranché vendredi le premier ministre François Legault.

Lundi, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a expliqué que la perte de valeur s’expliquait entre autres par la crise du coronavirus, qui a frappé de plein fouet l’industrie aéronautique mondiale.

«Le COVID-19 a reporté un peu – probablement d’un an – les bénéfices que l’entreprise va faire», a déclaré M. Fitzgibbon lors d’une conférence de presse.

Au début de l’année, pourtant, le placement du gouvernement dans l’A220 valait encore 1,1 milliard $ selon l’évaluation faite par le géant européen.

Nouvelles projections

La situation s’est corsée à la mi-janvier lorsque Bombardier a révélé que selon de nouvelles projections d’Airbus, il faudrait investir beaucoup plus que prévu dans le programme d’avions pour atteindre le seuil de rentabilité.

Un mois plus tard, Bombardier cédait sa participation de 29,6 % dans l’A220 à Airbus pour 591 millions $ US, ce qui donnait une valeur totale de 2 milliards $ US au programme – une baisse spectaculaire de 62 % par rapport aux calculs faits quelques mois plus tôt.

Cette dépréciation a forcé le gouvernement à faire passer la valeur de son placement de 1,3 milliard $ à moins de 700 millions $, ce qui a fait fondre son surplus budgétaire pour l’année 2019-2020.

Le coronavirus a fait disparaître la valeur restante de l’investissement de Québec dans l’A220, ou du moins une bonne partie.

Pierre Fitzgibbon a déclaré lundi que la valeur actuelle du placement, «ça peut être 0, 100, 200 millions $, je ne le sais pas».

«Temporaire»

Selon lui, une partie de la perte de valeur est «temporaire», le temps que l’industrie aérienne se remette sur pied. Le ministre a rappelé que le gouvernement pourra vendre sa participation à Airbus en 2026.

Il n’est pas impossible que l’investissement de Québec reprenne de la valeur, a reconnu Michel Magnan, professeur de comptabilité à l’Université Concordia. Mais il n’y a pas de certitude.

«Le transport aérien, ça va reprendre à quelle vitesse?» a-t-il demandé, en soulignant qu’Airbus fait face à d’importantes difficultés en Europe.

«Si les liquidités d’Airbus sont mises sous pression, l’entreprise ne pourra pas investir partout, a-t-il affirmé. Le choix va se porter sur quel produit?»

M. Legault a répété vendredi qu’à son avis, les libéraux auraient dû réaliser l’investissement de 1,3 milliard $ directement dans Bombardier plutôt que dans la C Series.

Si tel avait été le cas, le placement vaudrait aujourd’hui 531 millions $.