/news/green
Navigation

Des colonies de lapins abandonnés menacent la biodiversité

Des gens les relâchent en nature lorsqu’ils sont tannés

lapin
Photo courtoisie Une résidente de Saint-Lin-Laurentides a recueilli ce lapin errant qu’elle a trouvé dans le stationnement d’une garderie où il se cachait sous les voitures.

Coup d'oeil sur cet article

Des colonies de lapins domestiques errants ont été observées dans plusieurs régions du sud du Québec et pourraient causer un déséquilibre dans la nature.

«Ils se multiplient rapidement et entrent en concurrence avec les lièvres et les lapins à queues blanches, en mangeant leur nourriture et introduisant des maladies. On travaille fort à protéger les espèces sauvages, mais les citoyens relâchent leurs animaux domestiques dans la nature, c'est un gros enjeu pour nous, au Ministère», explique Catherine Ippersiel, porte-parole du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Des cas de lapins domestiques abandonnés qui se multiplient ont été rapportés en Outaouais, dans les Laurentides et dans Lanaudière, mais également sur la Rive-Sud de Montréal, dans certaines villes comme Longueuil, Saint-Constant et Châteauguay.

Cruauté animale

Les signalements de lapins errants sont en croissance depuis deux ans, selon Nancy Lachance, fondatrice du refuge Adoption lapins sans abri, qui souligne la vulnérabilité de ces animaux.

«Les gens abandonnent leurs lapins dehors en se disant qu'ils auront leur chance, mais en réalité, ils ne sont pas équipés pour affronter la nature. Certains réussissent à survivre, peut-être parce que les derniers hivers ont été cléments, mais d'autres sont très mal en point», soutient-elle.

Christine Myette, résidente de Saint-Lin, a recueilli un lapin errant dans le stationnement d'une garderie où il se cachait sous les voitures depuis quelques jours. Celle qui a déjà deux lapins déplore que les gens adoptent cet animal sur un coup de tête.

«C'est comme les poules: on en veut au printemps, et, à l'automne, on s'en débarrasse. Les lapins ont besoin de soins, et si leurs dents ne sont pas limées correctement, elles continuent à pousser et peuvent leur perforer le palais. Les abandonner, c'est de la cruauté animale.»

Martine Allard a fondé Les lapins errants de Châteauguay. Le groupe de bénévoles y trappe des lapins abandonnés pour les stériliser et les confier à des familles d'accueil.

«Il y en avait une cinquantaine l'automne dernier, et, ce printemps, on constate que plusieurs sont morts, certains écrasés sous des voitures.»

Même nés dans la nature, les lapins domestiques demeurent près des habitations et sont peu craintifs.

«Ils n'ont pas l'instinct de se creuser des terriers. Souvent, ils vont se cacher sous les balcons et les cabanons et vont mourir de froid.»

Le peu de refuges prenant en charge les lapins et les soins coûteux que nécessite cet animal pourraient expliquer beaucoup d'abandons, croit Martine Allard.

«Parfois, les gens adoptent spontanément sans savoir, mais un lapin coûte beaucoup plus cher qu'un chat. Incluant l'examen, la stérilisation coûte environ 400$ et il faut compter 20$ par semaine pour une nourriture de qualité.»

Abandonner un animal domestique dans la nature est illégal, rappelle Yohan Dallaire Boily, relationniste au ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec.

«Le propriétaire d’un lapin domestique qui ne s’assure pas que son bien-être ne soit pas compromis, notamment en l’abandonnant dans un boisé, s’expose à une possible infraction au regard de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal.»