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Sylvain Larocque sort de sa zone de confort grâce au confinement

Sylvain Larocque sort de sa zone de confort grâce au confinement
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

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Sylvain Larocque anime depuis quelques semaines un direct sur Facebook, appelé «Sur le grill de Sylvain», dans lequel des humoristes font un bien-cuit à un comparse. Comme il est membre du conseil d'administration du Grand Montréal Comique, nous avons aussi profité de notre discussion pour parler des impacts de la pandémie sur le jeune festival d'humour. 

Comment ça va?

Ça va bien tout compte fait, mais je suis inquiet et anxieux comme beaucoup de gens dans mon milieu, je pense. C’est un peu normal. Ça va mieux que bien des artistes, car j’ai un petit peu de sous de côté et je peux «tougher» un bout encore. On ne dort pas sur nos deux oreilles, disons.

Comment t’occupes-tu pendant le confinement?

Je développe deux séries télé, dont je ne peux pas vraiment parler en ce moment. J’écris pour moi un petit peu, mais j’écris aussi pour le nouveau spectacle d’André-Philippe Gagnon qui s’en vient l’an prochain. Je fais aussi l’adaptation d’une série d’animation anglophone qui s’appelle «Corner Gas». C’est plusieurs petites choses que je fais à gauche et à droite, mais ce ne sont pas des choses payantes en ce moment. Ce sont des choses qui, plus tar vont m’aider à gagner ma vie, mais en ce moment j’ai zéro revenu pour ça.

T’es-tu découvert de nouvelles habiletés avec le confinement?

J’ai découvert comment retenir mon chien d’aller voir tout le monde dans la rue quand je le sors pour une marche. C’est un gros goldendoodle de 75 livres de muscles et il a un an et demi alors il a toute la maturité d’un spermatozoïde. Il est vraiment dur à maintenir! Il s’appelle Mononcle et il me tient compagnie.

Comment est venue cette idée de «Sur le grill»?

Ma fête c’est le 27 mars. Donc ça faisait déjà une semaine et demie que le confinement était en place, alors j’ai tout annulé. Je ne voulais pas d’amis qui venaient me voir. Avec mon agent, Guy Lévesque, on s’est dit : « pourquoi on ne ferait pas un bien-cuit? ». Alors on a invité des chums, Laurent Paquin, Billy Tellier et d’autres, pour me faire un bien-cuit et ç’a été super le fun. Après ça j’ai dit à Guy, « pourquoi on n’en ferait pas un par semaine »? On s’est mis à appeler des copains humoristes et ils embarquent tous. C’est vraiment cool. C’est mon highlight de la semaine!

Vous avez l’air d’avoir du plaisir.

Oh oui! Je parle plus à mes chums humoristes ces temps-ci que lorsqu'il n’y a pas de confinement! On se voit dans les loges du Bordel une fois de temps en temps, mais souvent on fait nos shows tout seul. Là, on est ensemble pendant une heure et on se jase. En plus, on se parle avant et le jour d’après. On dirait que ça réinstalle une espèce de dynamique sociale qui s’était effacée un peu avec le temps. Quand tu es dans la relève, à tes débuts, tu fais juste des shows de groupes parce que tu as quinze minutes de blagues. Éventuellement, on sort nos premiers one-man-shows et là notre carrière prend un autre sens et on ne se voit plus comme on se voyait quand on commençait. Quand j’ai commencé en humour, il y avait tout le temps moi, Martin Petit, Maxim Martin et François Morency. On était tout le temps ensemble parce qu’on faisait les mêmes shows. Maintenant, on se voit des fois dans les festivals.

Comment est-ce qu’on gère les problèmes techniques liés à la création de contenu en direct?

J’ai eu des problèmes au début parce que je ne maîtrisais pas encore tout à fait les plateformes de vidéoconférence et surtout le lien entre Zoom et Facebook. Honnêtement, Zoom ce n’est pas le meilleur dispositif pour faire ça. Maintenant on prend Streamyard qui fonctionne beaucoup mieux. Je trouve que c’est correct maintenant. Je suis pas pire. Je me trouve bon!

Une autre habileté développée en confinement?

Oui! Je suis en train de me monter un petit studio. Je me suis acheté une caméra web, un bon micro, un écran vert... Il y a ça de bon du confinement. Ça pousse beaucoup d’humoristes de ma génération qui n’étaient pas très présents sur les réseaux sociaux à le devenir un peu plus. Ça nous prend des fois un coup de pied au derrière pour pouvoir avancer parce que sinon tu restes à la même place. L’être humain est fondamentalement paresseux et se réconforte dans ce qu’il connaît. Là, on est obligé de changer un peu. En tout cas, moi j’ai été obligé et ça m’aide beaucoup parce que ça me donne des idées pour l’avenir aussi.

Tu fais partie du conseil d’administration du Grand Montréal Comique. Quels sont les défis pour un jeune festival en cette période où les rassemblements sont presque impossibles?

Les deux premières années, il y a beaucoup de subventions auxquelles on n’a pas accès. C’est la troisième année que tu peux avoir un petit peu plus de subventions et tu peux faire plus de développement à partir de là. On avait des gros plans pour cette année, qu’on ne pourra pas faire. On est un peu déçu c’est certain.

Selon toi, comment est-ce que le public peut soutenir la culture en ce moment?

Honnêtement, je ne sais pas. Je pense que les gens ont peur et n’ont pas nécessairement d’argent en ce moment. J’espère que le déconfinement va nous permettre, un moment donné, de reprendre des shows dans des endroits «safe». Ce qui m’inquiète beaucoup c’est que quand ils vont rouvrir les salles de spectacles, ils vont mettre deux mètres d’écart entre les personnes, donc le théâtre va être à moitié plein. Avec des salles à moitié pleines, les billets risquent d’être plus chers. Et si les gens doivent payer leur billet plus cher, ils n’iront pas voir la relève. Ils vont miser sur des valeurs sûres, alors ça va biaiser le marché. Je trouverais ça dommage. J’entrevois des avenues qui sont un peu négatives, mais tu sais, j’ai gradué du HEC et dans le monde des affaires ils te disent : « Expect the worst and hope for the best ».