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Les amis discrets d’André Boisclair

Andre Boisclair
Photo Didier Debusschère La déchéance d’un homme et ses démons.

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Les plaisirs, disons particuliers de l’ex-ministre et chef du PQ, André Boisclair, ne datent pas d’hier.

Parlons clairement : l’annonce de l’arrestation il y a dix jours du quinquagénaire beau gosse, accusé d’agression sexuelle armée, ne devrait pas surprendre nombre de gens qui le fréquentaient et nombre de militants péquistes qui l’ont côtoyé depuis son saut en politique à 23 ans, en 1989. 

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Issu d’une famille bourgeoise et aisée d’Outremont, l’homme a mené tambour battant sa vie personnelle et sa carrière en dents de scie.

Amateur de drogues et de jeunes hommes tout au long de ses années publiques, il a réussi l’exploit de commander le silence de nombreux amis protecteurs dans l’appareil d’État et en politique. 

Ses errements de tout genre ne l’ont pas empêché de se faire élire, ni de devenir ministre, ni de prendre la direction du PQ pendant quelques années.

Ascension professionnelle

Par la suite, il est parvenu sans problème à obtenir des postes importants dans des organismes publics avant d’être nommé par la première ministre, Pauline Marois, délégué général du Québec à New York, poste qu’il n’occupera qu’une année. 

C’est au cours de son séjour diplomatique aux États-Unis qu’une plainte jugée fondée sur sa consommation de drogue et son comportement, à savoir la présence de jeunes hommes dans son entourage, a dû être traitée par les avocats du gouvernement du Québec.

L’on apprenait hier qu’une entente confidentielle était intervenue à l’époque avec André Boisclair. 

On ignore si cette entente impliquait des sommes d’argent – payées par l’État peut-être ? – ou si on a exigé la démission d’André Boisclair contre de nouvelles fonctions dans des organismes publics et parapublics.

Toujours est-il que, malgré ses turbulences professionnelles, André Boisclair s’est vu offrir par la suite la présidence de l’Institut de développement urbain du Québec, dont il a effectivement démissionné mardi dernier.

André Boisclair est un personnage sombre. Que cet homme public ait pu à ce jour mener une vie protégée par un lourd silence reste un mystère. 

Selon les témoignages de jeunes prostitués qui ont participé à ses soirées felliniennes, la drogue agissait sur lui comme un catalyseur transformant les ébats sexuels en des actes autrement plus violents et dangereux.

Protection

Tous les journalistes politiques le moindrement informés le savaient. 

Le PQ le savait. L’opposition le savait. Cela prouve que la protection des pairs, des amis, gais ou non, s’est exercée malgré les bruissements vite étouffés des activités extra-parlementaires d’une des vedettes de sa génération, sorte d’enfant terrible qui désertait son bureau plus souvent qu’autrement pour « aller sur le terrain », disait-il, en riant dans sa barbe sans doute.

En fait, non seulement André Boisclair a déshonoré ses fonctions, mais il a trahi son parti. Et il a réussi le tour de force de faire taire les rares personnes scandalisées par son comportement.

André Boisclair en est arrivé à se suicider professionnellement. Qu’il soit condamné ou non par les tribunaux. 

Mais que tous ceux qui l’ont couvert et protégé sachent qu’ils ont contribué à leur manière à donner de la politique et de l’exercice du pouvoir une image désolante et infiniment triste.

Imagine-t-on une femme politique agissant de la sorte, s’affichant avec de jeunes prostituées, se droguant tout en étant ministre ou diplomate ? Deux poids, deux mesures, dites-vous ?