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Huit personnes racontent comment la crise a changé leur relation au travail et à l’argent

Huit personnes racontent comment la crise a changé leur relation au travail et à l’argent
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Depuis la pandémie, j’ai eu la chance de travailler de la maison, et la santé de mes proches, incluant celle de mes grands-parents en résidence, se porte bien.  

Il y a eu des moments difficiles, mais comme plusieurs personnes épargnées par les plus graves conséquences de la crise, le confinement m’a contraint à revoir mes priorités. J’ai même retrouvé certaines bonnes habitudes que j’avais égarées dans le brouhaha de la routine du métro, boulot, dodo, resto, FOMO!  

Par exemple, même si je fais un effort pour encourager les entreprises locales, je compte investir beaucoup moins d’argent dans les 5 à 7 qui s’éternisent. En voyant des amis se retrouver soudainement sans emploi et sans coussin de sécurité, ça m’a rappelé de moins négliger mon compte épargne. 

Curieux de savoir si d’autres ont vécu ce genre de petites épiphanies de confinement, j’ai demandé à huit personnes si notre nouvelle réalité avait aussi impacté leur vision de l’argent, du travail et de la consommation.  

Mathieu: manger et travailler mieux!  

Une plage de temps que j’ai récupérée dans ma vie, c’est l’heure du lunch. Ça me rappelle quand j’étais petit et que j’allais dîner à la maison. Mes parents travaillaient aussi, mais trouvaient le temps de revenir manger. 

C’est donc devenu un temps pour décrocher pour vrai. Et il y a le fun de se cuisiner plein de petites choses qui ne sont pas nécessairement des bœufs bourguignons. 

C’est à ces midis-là que je vais tenir lorsqu’on va sortir du confinement.

Je trouve que le travail s’est focalisé. On a enlevé plein d’irritants de la journée, comme les déplacements ou perdre 20 minutes en small talk avec les collègues, pour concentrer le temps réel de travail dans la journée. 

Les frontières plus floues dans une journée font que tu peux faire ton épicerie à 14 h, mais en même temps, ça dérange moins de travailler tard le soir pour avancer un truc avant le dodo.

Et oui, ça s’est accompagné de plusieurs réflexions. Dans mon cas à moi, le travail a été comme une bouée parce que j’ai aimé les conditions et l’ouverture de nos boss.

Il a occupé une place centrale dans la journée, sans tout gober sur son passage. Mais je suis un homme seul, facile à dire pour moi.

Nadeige: enfin équilibrer le budget!  

C’est la première fois que je respecte mon budget à 100%. En temps normal, il arrive que je dépasse mes limites, mais je ne me stresse jamais avec ça en me disant que je compenserai les semaines suivantes. 

Depuis la pandémie, pas un restaurant en trop! Et pourtant, j’encourage au moins un restaurant local par semaine en m’assurant de laisser un immense pourboire. 

La crise me fait réaliser que ce sont les tentations durant mes déplacements qui me coûtent le plus cher: le petit café en marchant avec une collègue ou le petit verre impromptu après l’entraînement avec un ami. Bref, toutes des choses qui me manquent terriblement en ce moment. 

Est-ce que je serai encore plus prudente à l’avenir? Certainement! Je suis plus consciente de mon portefeuille que jamais. 

Mais est-ce que les soirées à la Buvette me manquent? Oui! Parce que le plaisir de vivre, c’est aussi les petits plaisirs du quotidien.

Samuel: pas juste le travail dans la vie!  

Les derniers mois m’ont fait réaliser une chose en particulier: je ne suis pas carriériste du tout. 

De la fin de mes études jusqu’au 13 mars dernier, je me suis consacré à ma carrière comme si ma vie en dépendait.

Et du jour au lendemain, je me suis retrouvé sans emploi, en pyjama 24/7, sans trop savoir quel jour on était. 

Comme un cégépien qui remet ses traditions occidentales en question lors d’un trip de backpack en Asie, les deux derniers mois m’ont donné le temps de prendre du recul sur ce qui est vraiment important dans ma vie. Et à ma grande surprise, ma carrière n’en faisait pas vraiment partie. 

C’était un choc au début. Comme si mon for intérieur me sacrait au large après une longue relation qui voguait sur des eaux calmes et cristallines. 

Mais après quelques jours, j’ai senti un poids tomber de mes épaules. J’ai réalisé que je me mettais tellement de pression avec le fait d’avoir une carrière prestigieuse à tout prix, que je brimais l’un des besoins les plus fondamentaux: être heureux au quotidien. 

Tout le monde dit qu’il y a un avant et un après-COVID-19. Certains croient que notre société capitaliste va en prendre un coup, que l’environnement va enfin revenir au centre des discussions politiques et que l’avenir sera meilleur. Je ne suis pas un expert et encore moins un éternel optimiste, donc je ne me prononcerai pas là-dessus. 

Mais je peux dire que pour moi, les prochains mois sentent le renouveau à plein nez, et j’aime ça.

Marie-Ève: réorganiser la vie de jeunes parents  

La pandémie a eu un assez grand impact sur notre vie de famille. Mon conjoint a rapidement été mis au chômage puisqu’il travaille dans un domaine relié à l’événementiel. 

Avec des revenus un peu plus restreints, j’avais la crainte de devoir limiter davantage nos dépenses, mais finalement, cela s’est fait un peu «tout seul».  

Moins de sorties, pas de dépenses pour les déplacements, les repas cuisinés à la maison et limiter les courses en général. 

En contrepartie, il y a eu de nouvelles dépenses, notamment des jouets et des livres pour occuper notre toddler qui était à temps plein avec nous, ainsi que des livraisons de restos ou de traiteurs pour nous donner un répit. Avec le travail et notre fils qui demande beaucoup d’attention, nous ne faisons vraiment pas partie de la vague de «boulangers maison». 

J’apprécie d’ailleurs le fait de pouvoir avoir des takeout de restos qui, normalement, nous sont pas trop accessibles avec un enfant en bas âge. 

Bref, les finances se sont équilibrées sans trop de mal, mais il est clair que la situation professionnelle de mon conjoint demeure une préoccupation importante même si on s’en sort bien pour l’instant. 

Marie-Claude: vivre mieux  

Le confinement m’a fait réaliser que travailler tout le temps, pour ensuite dépenser mon argent aussitôt qu’il apparaît dans mon compte, ce n’est pas vraiment ça «avoir de l’argent». 

À l’avenir, je voudrais travailler moins, mais dépenser mieux.

Amine: investir dans les entreprises locales  

J’ai beaucoup moins consommé durant cette période. Par contre, la plupart de mes achats se font maintenant en ligne.

J’ai cuisiné des choses auxquelles je n’avais jamais pensé auparavant. Je pense que c’est aussi lié au fait que la crise a agi comme une grande pause et que certains ont pris le temps de développer de nouvelles activités.

L’achat local a pris plus de valeur à mes yeux. C’est dommage qu’il ait fallu une crise pour le réaliser, mais c’est comme ça. Disons que, lorsque mon budget me le permettait, je choisissais le produit ou le resto local à me faire livrer. 

Sur le plan de mes finances, j’ai réalisé que le petit coussin que je m’étais bâti ces dernières années était très pratique. Ça m’a permis d’être vraiment plus à l’aise face à la pandémie et ses incertitudes. 

Stéphanie: retrouver l’essentiel  

Ça m’a fait prendre conscience de l’importance d’acheter local, mais en même temps, j’ai magasiné en ligne plus que jamais.

J’ai eu la chance d’être payée à mon plein salaire, mais j’ai vu énormément de gens autour de moi galérer et ce n’est malheureusement pas fini. J’ai donc réalisé l’importance du fond d’urgence.

Mais surtout, je réalise encore plus l’importance des relations humaines. Je suis une femme d’équipe et le fait d’être en télétravail apporte son lot de lourdeur. Je vois cependant un côté positif au fait de pouvoir prendre mon temps le matin pour bien démarrer ma journée. 

Vanessa: réorienter sa carrière et son épicerie  

Plusieurs de mes contrats n’ont pas été renouvelés comme pigiste. Ça reste effrayant. Nous sommes encore au bas de la pyramide comme priorité et la PCU ne sera peut-être pas reconduite. Je vais devoir user de débrouillardise et possiblement me réinventer dans un autre secteur qui aura besoin de mes compétences. 

Je cuisinais déjà chaque jour, alors la pandémie n’a vraiment rien changé de ce côté. 

Mais j’ai eu du temps pour me faire des gnocchis un lundi soir et du yogourt glacé un mardi soir, ce qui n’était pas dans mes habitudes avant. Pour faire l’épicerie le moins souvent possible, j’ai dû miser sur des légumes et des fruits qui se conservent longtemps, manger du poisson en début de semaine et poursuivre mes semaines avec des œufs, des légumineuses ou de la viande congelée. 

Ceci étant dit, quand le confinement sera levé, vous ne m’aurez jamais autant vue bruncher aux Affamés, au Hélico ou au Byblos. C’est un petit luxe qui me manque terriblement.  

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