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Racistes, dites-vous? (suite)

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Voilà que de victimes, de conquis, d’exploités et d’aliénés, nous sommes devenus d’affreux bourreaux. Pourtant, ça fait 260 ans qu’on nous applique un genou sur le cou, qu’on nous empêche de respirer, qu’on fait tout pour nous faire disparaître collectivement. Le même genou du racisme et du colonialisme qu’on applique à ceux qu’on déteste parce qu’ils ne font pas partie de la majorité blanche et anglaise (WASP), à qui on nie le droit de vivre, de s’exprimer dans leur langue et de s’épanouir dans la simple dignité.

On nous a parqués dans des frontières étroites alors que notre territoire était dix fois plus vaste, du nord au sud et de l’est à l’ouest, on a distribué nos meilleures terres aux loyalistes venus du Sud, on a pendu nos patriotes, on en a déporté d’autres, on a incendié nos campagnes et notre parlement, on nous a dépossédés de notre liberté, de notre fierté et de notre droit de décider de notre destin. De défricheurs, de coureurs des bois, de trappeurs et de petits négociants, nous sommes devenus porteurs d’eau et scieurs de bois. Nos terres étaient devenues trop petites pour nos familles nombreuses, nous sommes alors devenus le cheap labor des big boss et marchands anglais, qui ont fait de nous leurs esclaves. Des esclaves sans chaînes aux chevilles, certes, mais des esclaves tout de même, astreints aux plus dures corvées et confinés dans les taudis des quartiers pauvres, alors que les patrons, à Montréal, à Québec ou à Val-d’Or, vivaient dans de riches quartiers sans vermine et bien entretenus. Mes oncles sont morts jeunes de maladies pulmonaires après avoir travaillé toute leur chienne de vie dans des moulins à coton. Combien sont morts ainsi de maladies industrielles, dans les mines d’amiante, de fer, de cuivre et d’or, pour engraisser les grosses compagnies étrangères qui, sitôt les ressources épuisées, plient bagage pour aller creuser leurs trous un peu plus loin?

Il est là, le véritable virus, dans ce mépris plus que centenaire qu’on nous porte et qu’on entretient encore de nos jours, de mille et une façons, toutes plus subtiles les unes que les autres, en nous accusant maintenant de racisme systémique juste au moment où notre volonté de vivre dans un pays qui nous appartiendrait semble prendre le dessus sur notre dure survivance.

Il est là, le véritable virus pandémique, qui sévit un peu partout, et tout particulièrement parmi les populations à risques, celles qui n’ont pas encore obtenu leur indépendance et leur émancipation. Si nous ne nous occupons pas dès maintenant de notre avenir, d’autres continueront à nous accabler et à nous accuser des pires crimes, juste parce que nous voulons respirer librement et décider par nous-mêmes de notre avenir.

Il est là, le véritable virus du racisme, quand on nous répète ad nauseam «speak white!» comme on nous le garrochait avec arrogance en pleine figure et sans gêne aucune il n’y a pas si longtemps à Montréal, comme le font aujourd’hui toutes ces marques de commerce qui nous agressent et nous aliènent un peu plus de notre identité française en Amérique, tous ces empiétements insidieux de l’anglais dans notre quotidien, comme si de rien n’était.

Est-il normal qu’en 2020, on doive encore revendiquer de vivre en français au Québec? Comme si tous nos acquis pouvaient disparaître du jour au lendemain si nous baissons la garde.

Et on voudrait nous faire croire que nous sommes racistes, qui plus est, qu’il règne au Québec un racisme systémique?