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Un forfait COVID dans des lieux sans patients atteints

Les médecins peuvent facturer 186 $ l’heure dans le grand Montréal

GEN - HÔTEL PLAZA DEVANTURE
Photo Martin Alarie L’Hôtel Plaza Valleyfield, situé au sud-ouest de Montréal, qui accueille des patients infectés par le coronavirus, fait partie des centaines de sites désignés par le ministère comme cliniques où les médecins de famille peuvent facturer le forfait COVID.

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Les médecins omnipraticiens peuvent facturer un forfait COVID-19 à 186 $ l’heure dans des dizaines de résidences pour personnes âgées de la grande région de Montréal, même dans celles où l’on ne trouve pas de patients infectés par le coronavirus.

Au cours des dernières semaines, la Fédération des médecins omnipraticiens et le ministère de la Santé se sont entendus sur la liste des endroits où le forfait COVID pouvait être facturé. En plus des cliniques de dépistage ouvertes depuis le début de la crise, on retrouve des centaines d’hôpitaux, de CHSLD et même des hôtels où l’on traite des patients infectés.

Ce qui surprend toutefois, c’est qu’on a décidé d’y inclure l’ensemble des résidences pour personnes âgées et des ressources intermédiaires des régions de Lanaudière, Laval, Montréal et la Montérégie, qu’elles soient infectées ou non. Elles ont toutes été désignées comme étant dans la liste des « cliniques désignées COVID-19 ».

« On en comptait tellement de touchés que c’était plus facile de faire ça pour faciliter la fluidité et l’accès aux soins », indique le Dr Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

Situation changeante

Selon lui, cette situation s’explique entre autres parce que le ministère de la Santé a demandé aux médecins d’assurer un suivi dans toutes les résidences pour éviter des transferts inutiles vers les hôpitaux. 

De plus, certaines places en résidences pour personnes âgées ont été achetées par le gouvernement pour y héberger des patients.

Le président soutient également que ce ne sont pas toutes les résidences pour personnes âgées qui sont couvertes, comme il est écrit dans l’entente, mais seulement celles avec des niveaux de soins 3 et 4. Les résidents de ces endroits ont besoin de plus d’heures de soins par jour.

Aussi des hôtels

En plus des résidences, la liste compte aussi de nombreuses cliniques désignées de dépistage ou encore des sites non traditionnels comme des hôtels, où on loge des patients malades.

La liste publiée le 29 mai dernier doit être revue toutes les quatre semaines.

Dans certaines régions où le nombre de cas a beaucoup diminué, il pourrait y avoir une réévaluation du nombre de cliniques de dépistage et d’évaluation.


Par ailleurs, le forfait COVID ne s’applique qu’à des activités médicales. Les médecins omnipraticiens qui ont été dépêchés dans les CHSLD pour pallier le manque d’infirmières et de préposés aux bénéficiaires ignorent toujours combien ils seront payés.

L’étude sur la paie des spécialistes est suspendue  

Christian Dubé, Président du Conseil du trésor
Photo Agence QMI, Simon Clark
Christian Dubé, Président du Conseil du trésor

La publication de l’étude sur la rémunération des médecins spécialistes qui devait avoir lieu en janvier dernier a été retardée de plusieurs mois en raison de la COVID-19.

L’étude réalisée par l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS) a été complètement arrêtée au cours des dernières semaines et l’on ne prévoit pas de date pour sa publication. 

« En raison du contexte actuel, les étapes pour la finalisation du rapport ont été suspendues, et ce, afin de permettre aux parties de dédier en priorité leurs ressources aux actions liées à la lutte contre la COVID-19 », a indiqué Jean Auclair, le responsable des relations avec les médias du Conseil du trésor. 

Cette analyse est très attendue puisqu’il s’agit de la première véritable étude depuis 2006 pour mesurer l’écart de rémunération entre les médecins spécialistes du Québec et ceux du reste du pays.

Le gouvernement de François Legault avait commandé à l’ICIS, un organisme indépendant, cette étude faite en collaboration avec la Fédération des médecins spécialistes du Québec. Elle devait servir de base à la renégociation de l’entente de rémunération des spécialistes.

Promesse de campagne

En campagne électorale, le premier ministre avait dit qu’il souhaitait récupérer jusqu’à un milliard $ par année en rémunération. Or, plutôt que d’attendre la version finale de l’étude de l’ICIS, le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, et la présidente de la Fédération des médecins spécialistes, Diane Francœur, se sont entendus sur un règlement en décembre dernier.

Lors de la conférence de presse suivant ce règlement, Christian Dubé avait promis de rendre l’étude publique dès le mois de janvier. 

Tant la Fédération que le Conseil du trésor ont eu accès à des données préliminaires qui n’ont pas été rendues publiques. 

L’entente prévoit une récupération d’un milliard sur cinq ans et la création d’un Institut de la pertinence chargé de revoir les différents actes médicaux facturables par les spécialistes. 

Selon nos informations, la prime d’assiduité versée aux chirurgiens et anesthésistes qui arrivent avant 8 h en salle d’opération pourrait ainsi disparaître.