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Boisclair et la loi de l’omerta

Les angles sont nombreux pour aborder l’affaire André Boisclair.

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Photo d'archives, Didier Debusschère Il faudra se questionner sur les raisons, mais aussi sur les conséquences de ce laxisme

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Les angles sont nombreux pour aborder l’affaire André Boisclair.

Par exemple, je pourrais parler des affres de la prostitution et de la consommation de drogues.

Mais je vais plutôt vous parler de l’imputabilité politique. De la protection des amis. Des retours d’ascenseur et des effets pervers de la loyauté partisane.

Troublant

Les faits rapportés par notre bureau d’enquête concernant l’ancien chef du Parti québécois sont troublants et révoltants. Il y a l’aspect « faits divers », mais aussi cette odeur putride de cover up politique qui lève le cœur.

À commencer par les propos tenus par Nicole Stafford, alors chef de cabinet de la première ministre Pauline Marois.

Il faut savoir qu’en coulisse, on chuchote que la nomination de Boisclair au poste de délégué du Québec dans la grosse pomme avait toutes les allures d’un renvoi d’ascenseur.

Après tout, l’ancien chef avait aidé madame Marois en appelant à l’unité du caucus derrière celle-ci, à la suite de la démission en bloc de trois membres de sa députation en 2011.

On pourrait donc déduire qu’il bénéficiait d’une certaine protection auprès du cabinet de la première ministre.

Madame Stafford a reconnu qu’elle avait été mise au courant d’une plainte visant le délégué du Québec à New York, mais qu’elle n’avait pas vu le rapport et qu’elle avait laissé le ministère des Relations internationales (MRI) gérer le tout.

Un ancien chef de votre parti fait l’objet d’une plainte à l’interne pour consommation de drogues et présence de jeunes garçons dans son entourage, et vous ne demandez pas à au moins lire le rapport ? Foutaise.

Que madame Stafford prétende qu’elle n’a rien su, il s’agit soit d’un mensonge éhonté soit d’un aveu d’incompétence crasse.

Puis il y a Jean-François Lisée. C’était lui le ministre titulaire du MRI. Comment peut-il se limiter à affirmer qu’il n’a jamais été informé de possibles gestes illégaux, qu’il était seulement au fait d’une plainte d’une employée de la délégation, sans plus ?

Comme si c’était anodin.

Et il n’aurait pas exigé davantage de détails sur la nature de cette plainte, qui s’était avérée fondée de surcroît ?

Encore nommé

Mais il y a pire. Soit le fait que quelques semaines après son retour forcé en sol québécois, Boisclair, tel un chat possédant neuf vies, a fait l’objet d’une autre nomination du conseil des ministres, cette fois pour diriger une patente à gosse visant le Grand Nord.

Et personne, ni au niveau politique ni au niveau administratif, n’aurait cru bon d’aborder les faits reprochés à monsieur Boisclair avant d’appose son imprimatur à sa désignation ?

Cette histoire fait une belle jambe au PQ. Quand même, on parle de l’implication directe ou indirecte de trois anciens chefs qui devront répondre aux questions.

Parce qu’au-delà de l’omerta politique, il y a cette notion qu’il y aurait peut-être eu moyen de prévenir plutôt que de guérir. Et c’est là que les divers angles d’analyse convergent en un point commun.