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Jean-Pierre Léger s’inquiète pour le Cirque

« Ces fonds internationaux ne constituent pas un beau capitalisme », estime l’ex-PDG des Rôtisseries St-Hubert

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Photo courtoisie Depuis la vente de St-Hubert, Jean-Pierre Léger partage son temps entre Montréal, les Îles-de-la-Madeleine et Chamonix en France, où il aime skier.

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L’ex-président et chef de la direction des Rôtisseries St-Hubert n’aime pas les fonds spéculatifs qui rôdent autour du Cirque du Soleil et s’inquiète pour l’avenir de la multinationale montréalaise.

« Ces fonds internationaux, comme TPG, ne constituent pas un beau capitalisme à mes yeux. Le seul intérêt de ces fonds est d’acheter pour vendre rapidement à profit [...] De vendre, puis de fumer leurs gros cigares. »

En entrevue au Journal, Jean-Pierre Léger, 74 ans, a accepté d’aborder un ensemble d’enjeux qui touchent le Québec actuellement. Il y a un peu moins de 4 ans, il complétait la vente du groupe St-Hubert au géant de la restauration rapide Cara pour 537 M$.

Les vertus de la durée

Un geste qu’il dit continuer de ne pas regretter, encore convaincu que le groupe ontarien constituait le meilleur repreneur dans les circonstances. St-Hubert compte aujourd’hui 125 restaurants et deux usines de transformation alimentaire à Boisbriand. Son siège social est demeuré à Laval et s’est même vu confier depuis la direction de la chaîne Harvey’s au Québec.

Celui qui aura travaillé pour la même entreprise toute sa vie croit en la croissance de l’entreprise dans la durée. Pour le bien du Cirque, il souhaite donc qu’un acquéreur éventuel, à plus forte raison s’il profitait de l’aide de l’État, ait la volonté de s’investir pour longtemps. 

Des intéressés

Plus d’une dizaine de sociétés se seraient montrées intéressées par le rachat du Cirque. Outre les actionnaires actuels, menés par TPG et Fosun, figureraient la firme new-yorkaise Goldman Sachs et une douzaine de créanciers garantis du Cirque, menés par le fonds d’investissement canadien Capital Catalyst. 

« Mais ces gens-là ne sont jamais intéressés à garder et à développer une entreprise pendant 10 ans, se désole l’ex-PDG de St-Hubert. Ils le font parfois pendant 6 ou 7 ans. Rarement plus. Sans état d’âme. »

Plus interventionniste depuis le début de la crise de la COVID-19, Québec a offert un prêt de 200 M$ au groupe de repreneurs qui maintiendra le siège social au Québec.

L’hécatombe dans les CHSLD

Appelé à commenter la gestion de la crise sanitaire dans la province, l’homme d’affaires à la retraite peine à critiquer le travail du premier ministre François Legault et du directeur de la santé publique, Horacio Arruda, dont il admire le travail. 

« Ç’a été le choc. Personne, dit-il, ne prévoyait que le ciel nous tomberait sur la tête. » On connaît la suite : l’« hécatombe dans les CHSLD », plus de 5000 décès et un bilan qui excède maintenant les 600 morts par million d’habitants. C’est plus que la France, l’Italie et même le Royaume-Uni.

« Si on cherche des boucs émissaires maintenant, on ne fera pas de progrès, rétorque-t-il. Il faut apprendre de nos erreurs. Concentrons-nous là-dessus pour le moment. Apprenons et corrigeons le tir au fur et à mesure. Le reste suivra. »

Le gouvernement a bien fait de mettre le Québec sur pause en mars, selon lui. Cela en dépit des conséquences que l’on peine encore à mesurer, tant sur les plans social qu’économique.

L’aide aux entreprises est aussi une bonne chose. Même si, comme le ministre Fitzgibbon l’a souvent répété, Québec ne pourra toutes les sauver. Cette aide doit être répartie avec d’autant plus de prudence, insiste-t-il, qu’après la pandémie, la province pourrait bien se voir confrontée à une autre crise : celle des finances publiques.