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La crédibilité nationaliste de la CAQ commence-t-elle à s'émousser?

Legault Lebel Arruda
Photo Simon Clark Le premier ministre du Québec François Legault.

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Sans le moindre doute, la connexion entre François Legault et les Québécois francophones est profonde. J'ai expliqué pourquoi, récemment, F. Legault nous a délivrés d'un régime libéral antinational toxique. Il a aussi su traduire politiquement nos aspirations identitaires avec la loi 21. Et il a su, pendant les premiers temps de la pandémie, rassembler les Québécois en transformant ces temps pénibles en épreuve collective. Mais je sens, ici et là, que naissent des lézardes.

D'abord parce que le temps use tous les gouvernements et que nous ne sommes plus vraiment au moment de la communion nationale dans la lutte contre la pandémie. Ne nous en désolons pas: une vie politique démocratique en santé est traversée par de vrais débats, et voit plusieurs forces politiques s'affronter. Après presque deux ans au pouvoir, il est normal que la démocratie ordinaire reprenne ses droits. Les débats renaissent, la partisanerie revient. Telle est la vie de la cité!

Mais aussi, et peut-être surtout, parce que la crédibilité nationaliste du gouvernement s'émousse discrètement. Le gouvernement caquiste ne pourra s’asseoir éternellement sur la loi 21. Il s’agissait d’un geste d’affirmation nationale important. Mais il ne saurait sérieusement s’en contenter. Les reculades discrètes mais bien réelles du gouvernement sur la question du «racisme systémique» et son manque de sérieux inquiétant sur la question linguistique pourraient dégager un espace politique que pourrait occuper un autre parti nationaliste, moins soucieux de plaire aux médias et à la bourgeoisie et en rupture avec les contraintes idéologiques du politiquement correct.

Le problème, évidemment, c'est que le PQ, de son côté, est soucieux de plaire aux médias et aux universitaires militants, ce qui n'est pas vraiment mieux, au point où les candidats dans la présente course à la chefferie ne parviennent pas à dénoncer en bloc le concept de «racisme systémique» appliqué au Québec. Sylvain Gaudreault, le candidat de l'establishment, l'endosse, alors que Frédéric Bastien et Paul St-Pierre Plamondon le dénoncent. J'ai tendance à croire que cette question comptera lors des débats à venir et pèsera sur le choix du prochain chef. Reste à voir qui se qualifiera et parviendra à participer pleinement à la course, évidemment.

Il faudra que le PQ clarifie très rapidement sa position sur la question identitaire et s'y tienne: langue française, anglicisation de Montréal, conditionnement idéologique de la jeunesse par le politiquement correct, immigration massive, multiculturalisme, américanisation des esprits, les thèmes sont nombreux pour construire une offre politique efficace. J’ajoute qu’il lui suffirait de regagner quelques points pour redevenir une force politique significative plutôt qu'un résidu politique d'un autre temps. Dans notre époque qui doute de la mondialisation et qui redécouvre la nation, les conditions objectives d’une renaissance du souverainisme sont là.

Nul n’imagine le PQ gagner en 2022, évidemment. Il remonte de trop loin. Il pourrait toutefois redevenir un parti qui compte dans la vie publique. Plus sa critique du régime diversitaire sera vive, plus ses propositions nationalistes seront fortes, plus il s’affranchira des codes de la rectitude politique, plus il retrouvera de l’espace et redeviendra audible pour un segment de l’électorat qui ne se contente pas d’un nationalisme d’apparat. Mais le PQ peut-il se délivrer de sa culture de l'échec et se donner enfin une colonne vertébrale intellectuelle? Comme l'aurait dit un homme célèbre il y a quelques années, on verra.