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Quelle est l’épargne nécessaire pour prendre sa retraite?

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Illustration Adobe Stock

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Voilà une question qui nourrit bien des débats !

Récemment, j’écrivais que plus on descendait sous la barre des 40 000 $ de revenu, moins il valait la peine de s’échiner à mettre de l’argent de côté pour ses vieux jours, car le Régime de rentes du Québec (RRQ), la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) et le supplément de revenu garanti (SRG) allaient remplacer une bonne partie des revenus de travail. Ça en a fait sourciller quelques-uns.

Alors, j’ai demandé à un expert de réaliser quelques petits calculs pour nous aider à pousser plus loin la réflexion. Benoit Chaurette, fiscaliste et planificateur financier chez Banque Nationale Gestion privée 1859, a évalué dans quelle mesure les régimes gouvernementaux pourront remplacer un revenu de travail de 35 000 $ par année d’une personne seule. Il a répété l’exercice pour un individu qui gagne 50 000 $.

Comment ne pas se serrer la ceinture à la retraite ?

Il faut rappeler qu’il n’y a pas de solutions universelles en finances personnelles, ça dépend de la situation et des aspirations de chacun.

Il y a néanmoins quelques principes de base qu’il ne faut pas perdre de vue. En voici deux, assez évidents, mais qu’on oublie souvent :

1. Il n’y a rien de plus désagréable que de devoir se serrer la ceinture jusqu’au dernier trou en arrivant à la retraite. Il faut donc chercher à niveler ses revenus de manière à ne pas descendre une marche trop prononcée au passage de la vie active à la retraite. Comment ? En épargnant.

2. Le niveau de vie est fondé sur des revenus nets, c’est une erreur commune de planifier sa retraite sur des revenus bruts.

Faut-il épargner quand on gagne 35 000 $ ?

À la fin de l’année, il reste 28 000 $ dans les poches d’un salarié qui gagne 35 000 $. Une partie part en impôt, une autre en cotisations RRQ, quelques centaines de dollars vont au Régime québécois d’assurance parentale (RQAP) et à l’assurance-emploi (plus encore s’il a des assurances collectives).

En supposant qu’on vive dans un monde sans inflation ni augmentations de salaire et de rentes indexées (pour simplifier), notre salarié toucherait à la retraite, à 65 ans, 21 050 $ par année, clairs dans les poches, grâce à sa rente du RRQ, sa PSV et le supplément de revenu garanti (SRG).

La baisse de niveau de vie est de 25 %. C’est assez important, mais c’est encore supportable, les besoins baissent aussi un peu à la retraite. Pour éviter cette marche, notre travailleur devrait épargner dans un CELI 1715 $ par année (avec un rendement de 2 %, dans notre monde sans inflation), de l’âge de 30 ans jusqu’à 65 ans. Il pourrait ainsi vivre sur un budget de 26 285 $, jusqu’à 85 ans.

À ce salaire (moins de 18 $/heure), l’effort pour épargner est plus douloureux, c’est à prendre en compte.

À 50 000 $, la marche est haute

Plus le salaire de la vie active est important, moins le taux de remplacement offert par les régimes publics est élevé. Alors, qu’en est-il d’une personne qui gagne 50 000 $ ?

Durant sa vie active, elle peut dépenser près de 37 500 $ par année, c’est ce qui lui reste après le passage du fisc et le paiement des charges sociales. À la retraite, si elle ne peut compter que sur les régimes publics, cette personne devra apprendre à vivre autrement.

Elle touchera 22 900 $ en revenus de pension, nets. Elle recevra certes de plus grosses rentes du RRQ que la première personne citée, mais elle paiera plus d’impôt et aura droit à beaucoup moins de SRG.

Quand on s’est habitué à un rythme de vie à 37 500 $, l’écart commence à faire beaucoup plus mal. Le niveau de vie dégringole soudainement de 39 % !

Pour que cette personne ne ressente aucun changement à la fin de sa carrière, elle devra épargner à partir de 30 ans 3580 $ par année à un taux de rendement de 2 % (on a tout mis dans un CELI, il pourrait être plus efficace d’en mettre un peu dans le REER, notre analyse est sommaire).

Ainsi, cette personne devra dès 30 ans se contenter d’un style de vie de 33 920 $, niveau qu’elle pourra préserver jusqu’à 85 ans.

Évidemment, la vie n’est pas lisse et prévisible comme un tableau Excel, mais ça donne une idée de ce qui peut nous attendre si on n’a pas de régime de retraite d’employeur.

Conclusion : c’est toujours mieux d’épargner une peu, même si c’est parfois difficile.