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Un contrat à une firme de surveillance cofondée par la CIA

Le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada n’a pas été consulté

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Photo AFP Le cofondateur et PDG de Palantir, Alex Karp, 52 ans, a une fortune personnelle évaluée à 1,8 milliard de dollars, selon Forbes.

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Ottawa a joué avec le feu en accordant un contrat d’un million de dollars à la firme de surveillance controversée Palantir cofondée par la CIA et près de Trump, selon le Bloc québécois (BQ).

« Le gouvernement libéral ne doit surtout pas donner un contrat à Palantir, une entreprise mêlée au pire scandale de fuite de données de l’histoire, Cambridge Analytica », a prévenu Alexis Brunelle-Duceppe, porte-parole du Bloc québécois (BQ) en matière de défense nationale.

Fin mars 2019, le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes ont octroyé un contrat de 997 434 $ à Palantir pour obtenir une licence de leur logiciel de surveillance Gotham.

Ces derniers jours, malgré nos demandes répétées, Le Journal n’a pas pu savoir si ce contrat qui arrivait à échéance en mars dernier avait été renouvelé ou allait l’être.

« En raison des travaux et des processus d’approvisionnement en cours, nous ne pouvons fournir aucune précision sur les contrats », a répété une porte-parole du ministère de la Défense nationale après plusieurs échanges.

« Entreprise louche »

Or, Le Journal a appris que ni la Défense nationale ni les Forces armées canadiennes n’ont consulté le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada avant d’octroyer ce contrat à Palantir. 

« Nous ferons un suivi auprès du ministère de la Défense nationale », a indiqué son conseiller principal en communications, Vito Pilieci.

Selon lui, les technos d’analytique sont utiles à la collecte de renseignements militaires, mais les préoccupations en matière de protection de la vie privée et les préjudices possibles devraient toujours être pris en considération.

Au Bloc québécois, on estime que le gouvernement Trudeau devrait dire aux Québécois pourquoi le gouvernement a fait appel à la société Palantir.

« On met entre les mains d’une entreprise louche des renseignements stratégiques d’une importance capitale en matière de sécurité. C’est complètement irresponsable », a poursuivi Alexis Brunelle-Duceppe du BQ.

Ces derniers jours, les experts en sécurité consultés par Le Journal se sont dits préoccupés par l’utilisation du logiciel.

« Ça fait peur. Pourquoi ils cachent les choses ? Les criminels utilisent la même technique. Ils croisent les données pour avoir le plus d’information possible », a déploré Éric Parent, PDG d’Eva Technologies.

« Qu’est-ce qu’ils font avec ces informations-là ? Le gouvernement devrait être transparent et nous dire à quoi cela sert », a ajouté le PDG de StreamScan, Karim Ganame.

« Ce qui est triste, c’est qu’au lieu de donner ce contrat à des entreprises québécoises comme la mienne et bien d’autres, on envoie ça ailleurs », a conclu le PDG de Vigiteck, Paul Laurier.

Jointe par Le Journal, Palantir n’a pas répondu à nos messages.

Au 31 décembre dernier, la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) détenait un investissement de 50 à 100 millions $ dans la société Palantir.

Palantir en chiffres 

Fondation : 2003

Siège social :  

  • Palo Alto, Californie 
  • 21 bureaux 
  • 2500 employés 
  • Palo Alto : 500 
  • Londres : 500 
  • Autres : 1500  

Chiffre d’affaires (2018) : 1 milliard $ US

Sources : Palantir, Bloomberg et Forbes