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Une insulte olympique

Il y a 25 ans, la candidature de Québec obtenait seulement 7 votes du CIO

Jeux 2002
Photo d'archvies Parallèlement à sa carrière d’avocat spécialisé en droit des affaires et de juge municipal, René Paquet a dirigé la candidature de Québec pour les Jeux olympiques d’hiver de 2002 qui s’est soldée par un échec avec seulement 7 votes du Comité international olympique. Les citoyens de Québec ont soutenu le projet en grand nombre et l’ont démontré à plusieurs reprises comme ici sur les plaines d’Abraham en janvier 1995.

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Une première insulte avait meurtri l’âme de Québec, trois semaines plus tôt, avec le déménagement des Nordiques vers Denver. Une deuxième a froissé son orgueil, le 16 juin 1995, lorsque le Comité international olympique (CIO) lui a accordé sept maigres votes en favorisant plutôt Salt Lake City pour accueillir les Jeux olympiques d’hiver de 2002.

Au terme de trois années de démarches et plus de 12 millions $, la candidature de Québec a encaissé le jugement expéditif des 89 membres du CIO réunis à Budapest. Un seul tour de scrutin fut nécessaire. La capitale du Utah, à son quatrième essai devant le conclave olympique, raflait aisément la mise avec 54 voix, suivie de Sion (Suisse) et d’Ostersund (Suède) avec 14 chacune, puis de la lointaine Québec.

  • Écoutez l'entrevue du spécialiste des questions olympiques Paul Ohl avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:

« Je pensais qu’on avait plus d’amis que ça », avait constaté le Montréalais Dick Pound, un membre influent du CIO impliqué dans le vote, dans les instants suivant cette frustration d’il y a 25 ans.

« Un grand désappointement »

Plus de 15 000 personnes rassemblées à la place d’Youville, en ce vendredi ensoleillé, croyaient pourtant célébrer. Quand le résultat désastreux apparut à l’écran géant, on a vu des mâchoires se disloquer.

Jeux 2002
Photo Jean-François Desgagnes

Le président du comité de candidature, René Paquet, le maire Jean-Paul L’Allier et le premier ministre Jacques Parizeau rentreront bredouilles de la Hongrie.

« C’était un grand désappointement pour tout le monde. On s’engage là-dedans durant plusieurs années et on garde espoir. On savait qu’il y avait une autre candidature devant nous (Salt Lake), mais on espère toujours que quelque chose va arriver et faire changer d’idée certains membres », relate aujourd’hui René Paquet, le pas encore alerte à l’âge de 80 ans.

Confiance jusqu’au bout

Au matin du vote, six porte-parole de la délégation avaient participé à l’audience devant le CIO : la biathlète Myriam Bédard - la sportive la plus en vue du moment depuis ses deux médailles d’or aux Jeux de 1994 -, Walter Sieber, L’Allier, Paquet, Pound et la présidente du Comité olympique canadien, Carol Anne Letheren.

Jeux 2002
Photo d'archives, Jean-Claude Tremblay

Il ne restait alors que cet exercice ultime de charme après que toutes les fédérations sportives concernées eurent donné leur bénédiction à la candidature québécoise. Même la Fédération internationale de ski (FIS) avait accepté la proposition du cap Maillard au Massif de Charlevoix pour y tenir la descente masculine. Cette solution avait réglé les exigences de dénivelé et de longueur du tracé, une faiblesse qu’a longtemps traînée la corporation Québec 2002, au point d’avoir exploré l’option farfelue de faire terminer la course des skieurs sur une plateforme aménagée sur le fleuve.

« On était confiant, mais Salt Lake City avait une longueur d’avance. Ils avaient presque obtenu les Jeux de 1998 et ils devaient avoir une entente avec le CIO », affirme Paquet avec du recul.

« Mais on se disait qu’à la dernière minute, un faux pas de leur candidature et ça nous donnerait un break », croyait-il.

Naïveté et pots-de-vin 

Cet espoir n’a pas survécu à une naïveté propre à une première expérience devant le CIO. L’histoire nous enseignera en décembre 1998 que, selon des enquêtes commandées entre autres par le département de la Justice des États-Unis, une vingtaine de membres du CIO ont reçu du comité de Salt Lake City des avantages immobiliers, bourses d’études, voyages et autres attentions.

« On nous avait pourtant dit qu’il n’y aurait plus d’histoires de pots-de-vin et de cadeaux », évoque Paquet.

Jeux 2002
Photo d'archives

Autre époque : 740 M$

Le coût projeté par le comité pour les Jeux de 2002, au total des opérations et des infrastructures, atteignait 740 millions $. Ce budget, que l’ex-président Paquet qualifie encore de « réaliste », avait été élaboré par l’équipe de trésorerie menée par Sheila Fraser, qui a ensuite œuvré comme vérificatrice générale du Canada de 2001 à 2011.

Ces montants « modestes » nous ramènent à une époque aujourd’hui révolue dans l’univers aux cinq anneaux. Déjà aux Jeux de Vancouver en 2010, le coût total a dépassé les 7 milliards, dont 1 milliard consacré à la sécurité.

Jeux 2002
Photo d'archives

« On se disait que, si on a les Jeux, il y aurait l’inflation des sept années suivantes, et on arriverait à des coûts de 1 ou 1,2 milliard », se remémore René Paquet.

Ce chiffre restera dans l’imaginaire. La défaite cinglante, elle, subsiste.


Des coûts qui explosent

Québec 2002  

  • 740 M$ (prévisions)    

Salt Lake City 2002  

  • 2,5 G$ US    

Vancouver 2010  

  • 6,5 G$ US    

Sotchi 2014  

  • 51 G$ US    

Pyeongchang 2018  

  • 12,9 G$ US    

Pékin 2022  

  • 3,07 G$ US    

(Coûts totaux approximatifs des Jeux. Sources : Québec 2002, CIO et autres)

Des projets à retardement  

Des idées de constructions enterrées avec l’échec des Jeux de 2002 ont tout de même réussi à éclore avec le temps.

Au-delà des 78,7 millions $ prévus dans le cahier de candidature pour l’aménagement des infrastructures sportives, le seul autre investissement public annoncé serait provenu de la Ville de Québec pour la construction d’un Centre de commerce de 29,1 M$ qui aurait hébergé le Centre international de radio et de télévision durant les Jeux. Ce bâtiment aurait sorti de terre là où se trouve aujourd’hui le Centre de foires.

Si Québec avait obtenu les Jeux, sans doute également qu’on n’assisterait pas à la construction actuelle du centre de glaces de 68 M$, dont l’ouverture est prévue durant la prochaine année. Au départ, les épreuves de patinage de vitesse en longue piste auraient eu lieu à l’anneau extérieur Gaétan-Boucher, autour duquel des estrades permanentes pouvant asseoir 5000 spectateurs auraient été aménagées.

« C’était prévu à l’extérieur, mais entre nous, on se disait que le jour où on aurait gagné les Jeux, il faudrait réviser ça et penser à un anneau intérieur », indique René Paquet.

Pas de souci de financement

Le financement n’a jamais obstrué la route de Québec dans son projet olympique de 2002. Dans une première étape, le gouvernement libéral de Robert Bourassa avait consenti une aide de 1,2 M$ au comité pour mousser sa candidature au niveau canadien jusqu’à sa victoire contre Calgary, en décembre 1991.

Pour la mission internationale lancée en janvier 1992, un budget de 12 M$ avait été établi. Les gouvernements fédéral et provincial et la Communauté urbaine de Québec avaient contribué pour un total de 6 M$. L’autre moitié avait été recueillie auprès de 40 partenaires privés, appelés à injecter 50 000 $ durant chacune des trois années.

« La première entreprise qu’on était allé voir, c’était celle de Maurice Tanguay. Il m’a dit : “je ne donnerai pas 50 000 $ par année, je vous donne plutôt 150 000 $ tout de suite”. Disons que ça partait bien », raconte René Paquet.

Le « vendeur de balayeuses » 

René Paquet s’amuse encore d’une déclaration de l’ex-mairesse Andrée Boucher, farouche opposante au projet olympique, qui avait fait la une des journaux à l’époque.

« M. Paquet est un gars sympathique, mais il n’a pas le charisme d’un vendeur de balayeuses ! », avait lancé la populaire dirigeante de Sainte-Foy.

La menace du référendum

L’issue de la candidature de Québec 2002 coïncidait avec l’approche du référendum du 30 octobre 1995. Or, les décideurs du CIO n’y voyaient pas un fantôme ayant pu influencer leur jugement, semble-t-il.

« Je ne pense pas que ça nous a nui. Il y a des membres du CIO qui s’étaient interrogés là-dessus et on leur avait expliqué la situation. On leur avait dit que quoi qu’il arrive, la candidature resterait la même », raconte l’ex-président de Québec 2002.