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«J’ai choisi janvier» de Nathalie Roy: vivre son deuil à l’écrit

auteure Nathalie Roy
Photo Ben Pelosse

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Délaissant un créneau familier – la chicklit – pour s’intéresser à un sujet grave, la romancière Nathalie Roy s’est inspirée de sa propre expérience familiale pour écrire son nouveau roman, J’ai choisi janvier. Le livre raconte la fin de vie d’un homme atteint de fibrose pulmonaire et l’impact de son choix – avoir recours à l’aide médicale à mourir – sur son entourage. Ce sujet poignant et d’actualité est traité avec une grande tendresse.

Nathalie Roy porte cette histoire dans son cœur depuis plusieurs mois. Son père, le journaliste Guy Roy, est décédé en janvier 2019 après avoir demandé l’aide médicale à mourir. Elle s’est inspirée de sa relation avec lui pour en tirer ce roman.

Lili, l’héroïne du roman, a eu un grand choc lorsque son père lui a annoncé qu’il avait choisi janvier pour mourir. Paul, atteint de fibrose pulmonaire, veut recevoir l’aide médicale à mourir. 

Comment traverser cette épreuve?

En entrevue, Nathalie Roy explique que ce qu’elle et sa famille ont vécu est «tellement exceptionnel, tellement hors de l’ordinaire», qu’elle s’est dit : pourquoi ne pas en faire un roman, puisque c’est ce qu’elle aime faire. «Ça s’est imposé, finalement.»

Histoire romancée

À part le personnage de Paul, inspiré de son père, qui fut journaliste au Journal de Montréal pendant plusieurs années, les autres personnages sont fictifs et l’histoire est romancée. «Ça me permettait une plus grande liberté.» Elle a changé de style, et c’est le premier roman qu’elle n’a pas écrit au «je». 

«Revivre tout ce que j’ai vécu avec mon père, ça m’a amenée dans des zones assez intenses. Par contre, il est toujours avec moi... ça me permet de vivre un deuil de façon prolongée.»

Elle a pleuré en écrivant certains passages, mais elle s’est rappelé le caractère enjoué et bon enfant de son père, sa joie de vivre. «Il a abordé la mort de façon très particulière. Parfois, je riais, parce que je me disais : mon Dieu, les gens vont croire que c’est plus grand que nature, ce personnage. Mais ça se peut. C’était mon père. Ç’a été des montagnes russes d’émotions.»

Son opinion

Nathalie Roy s’est fait une opinion sur l’aide médicale à mourir. «À l’époque où mon père a fait la demande, c’est un sujet qui était vraiment dans l’actualité. J’ai fait cette réflexion en même temps que j’ai vécu la situation avec mon père. Pour moi, l’aide médicale à mourir, c’est vraiment essentiel à notre société. Il va falloir aussi qu’on trouve des moyens de la rendre encore plus accessible, parce que j’ai vu à quel point ça pouvait être libérateur pour la personne, et aussi pour l’entourage.»

«Mon père nous a fait le cadeau de partir alors qu’il était souffrant, bien entendu, mais pas dans un état où ça aurait été extrêmement difficile de le voir. Il est parti avec toute sa tête, sereinement, et pour nous, c’est un cadeau extraordinaire.»

C’est ce message qu’elle a voulu transmettre dans ce livre. «Il y a moyen de vivre un deuil de façon sereine, en partageant des souvenirs. Il faut qu’on réfléchisse à rendre cet acte encore plus accessible, à mon humble avis.»

«Je ne suis pas une professionnelle, je suis juste quelqu’un qui l’a vécu et qui est extrêmement reconnaissant, surtout à l’heure actuelle, parce qu’honnêtement, je regarde les gens qui perdent des proches actuellement. Ça doit être extrêmement souffrant de ne pas pouvoir être là, de ne pas pouvoir célébrer la vie de ces personnes. Il va falloir qu’on s’occupe de ces gens-là.»


► Nathalie Roy est autrice et réalisatrice.

► Sa première série, La Vie épicée de Charlotte Lavigne, a connu beaucoup de succès et a été vendue en France, en Pologne et en République tchèque.

EXTRAIT  

<b><i>J’ai choisi janvier</i></b><br>
Nathalie Roy, Éditions Libre Expression, 288 pages
Photo courtoisie, Éditions Libre Expression
J’ai choisi janvier
Nathalie Roy, Éditions Libre Expression, 288 pages

«Françoise revient avec une boîte rectangulaire qu’elle pose devant son mari. Il l’ouvre solennellement et il distribue à chacun un signet... sur lequel apparaît sa photo coiffée du titre : Décédé le 8 janvier.

Lili étouffe un cri de stupeur, Xavier sent son cœur se serrer dans sa poitrine, et Yasmine est terriblement mal à l’aise.

— C’est vrai que ça surprend. Mais lisez le verso, ça va vous faire plaisir.

Lili est incapable de détacher son regard du mot “Décédé”. Un mot qui signifie la mort, la fin, l’extinction, la disparition... définitive et sans appel. Un signet qui annonce le deuil à l’avance.»