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Drogues et itinérance: l’été sera chaud à Montréal

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MONTRÉAL | Nouvelle crise du fentanyl, augmentation des cas de psychose, hausse du nombre de sans-abris: vivre dans la rue est devenu encore plus cauchemardesque qu’avant à cause de la pandémie.

«Pendant la crise, on a pelleté beaucoup de problèmes par en avant et là, ils nous rattrapent. Je m’attends à ce qu’on ait un été très chaud à Montréal», a prévenu Annie Aubertin, directrice de Spectre de rue.

En temps normal, les intervenants de cet organisme de l’est de Montréal aident une trentaine de personnes par jour sur le terrain. Or, depuis quelques semaines, on parle plutôt d’une soixantaine de personnes, ce qui laisse entendre que la population en situation d’itinérance a considérablement grimpé depuis le début de la crise.

«On voit des gens qu’on n’avait jamais vus. Il y a des immigrants qui sont tombés entre deux chaises, des gens qui ont été expulsés par leur colocataire, des jeunes qui sont sortis des centres jeunesse et qui n’avaient nulle part où aller...», a énuméré Mme Aubertin, dont l’organisme est resté ouvert tout au long de la crise.

Laissés à eux-mêmes

Les travailleurs de rue n’ont jamais cessé de travailler, des seringues stériles ont continué d’être distribuées aux toxicomanes, mais le site d’injection supervisé a dû fermer ses portes pendant six semaines, faute de matériel de précaution suffisant.

Trois des quatre endroits qui offrent ce service à Montréal ont été contraints de fermer leurs portes au plus fort de la pandémie, alors qu’ils auraient été plus utiles que jamais.

«[À cause de la fermeture des frontières] les gens n’avaient plus accès à leur consommation habituelle. Ils étaient en manque et étaient donc plus prêts à acheter n’importe quoi. En plus, comme il n’y avait plus personne dans la rue, ils ne pouvaient pas quêter et se prostituer. Ils avaient donc moins d’argent alors que les prix augmentaient», a expliqué Annie Aubertin.

Retour du fentanyl

Comme il est plus difficile de faire importer de la drogue, les revendeurs coupent davantage leur stock avec des produits toxiques, dont du fentanyl, ce dangereux opiacé 40 fois plus fort que l’héroïne et jusqu’à 100 fois plus fort que la morphine.

La direction régionale de la santé publique a d’ailleurs lancé une mise en garde cette semaine aux intervenants et aux consommateurs à propos de fentanyl dissimulé dans de l’héroïne sous forme de poudre cristalline mauve.

Jeudi, les services de police d’Ottawa et de Montréal ont démantelé un réseau de distribution de cette substance. Deux individus d’Ottawa ont été arrêtés.

«Le marché de la drogue va-t-il se rétablir quand la frontière va rouvrir? Peut-être que certains vendeurs vont continuer de couper leurs drogues avec ce matériel-là quand même, comme c’est payant», craint Annie Aubertin, qui prévoit que cette nouvelle vague de fentanyl va frapper Montréal encore plus durement que la première crise.

En 2017, le fentanyl avait tué six personnes dans la métropole, alors le nombre de morts se comptait en milliers en Colombie-Britannique, où la situation est toujours critique.

Pour l’instant, on ne dénombre aucune surdose mortelle à cause du fentanyl à Montréal, mais les intervenants de Spectre de rue observent une augmentation de nombre de psychoses depuis le début du confinement: parce que la drogue est de moindre qualité, mais aussi parce qu’il y encore plus de détresse dans la rue, a insisté Annie Aubertin.