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Dehors sur une chaise pour voir sa femme

Privé de visite depuis trois mois, il regarde sa conjointe en détresse par la fenêtre en lui parlant au téléphone

Juan Perez est incapable de voir sa femme, hospitalisée là, depuis le 15 mars. Le CIUSSS et la santé publique se renvoient la balle.
Photo Ben Pelosse Juan Perez, âgé de 65 ans, s’installe presque quotidiennement sur une chaise de camping pour apercevoir sa femme de la fenêtre du pavillon de l’Institut Douglas de Montréal où elle est soignée.

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Assis dehors sur une chaise de camping, Juan Perez regarde sa femme par la fenêtre en lui parlant au téléphone... C’est tout ce que permet l’Institut Douglas à ce Montréalais privé de visite depuis trois mois.

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« Ce n’est pas triste, ce n’est pas grave... C’est inhumain ! » rage Juan Perez, dont la femme reçoit des soins pour de l’anxiété et une dépression sévère depuis janvier à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas de Montréal.

L’homme de 65 ans se dit pris dans un « tourbillon ». Lorsqu’il s’adresse à l’Institut pour une demande de visite à son épouse, on lui répond que c’est au CIUSSS de décider. Le CIUSSS le renvoie à la santé publique, et quand il joint la santé publique, on lui dit de voir avec l’Institut, décrit-il, exaspéré.

Pendant ce temps, il s’installe plusieurs fois par jour sur sa chaise de camping devant le pavillon où est soignée son épouse pour la voir et lui parler au téléphone. Parfois, il accroche même des fleurs aux branches d’un arbre donnant sur sa fenêtre pour égayer l’endroit.

Sa femme s’y trouve depuis janvier, et avant la pandémie, son mari pouvait la visiter, précise-t-il.

Détresse totale

« Je l’écoute pleurer [...] Elle est en détresse totale. Elle ne veut pas être ici, elle dit que ses journées sont longues, qu’il n’y a rien à faire », déplore-t-il.

Ce n’est que cette semaine que sa femme a commencé des classes de yoga, après trois mois de confinement, et à prendre des marches s’il y a assez de personnel, raconte M. Perez.

Regardant les « immenses » espaces verts partout autour de l’Institut et les nombreuses tables de pique-nique, il ne comprend pas pourquoi une rencontre, gardant deux mètres de distance, n’est pas encore possible.

La directrice adjointe des programmes de santé mentale et dépendances au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Véronique Wilson, admet que le confinement actuel est « paradoxal » à l’Institut Douglas.

« Les effets de la pandémie créent des problèmes de santé mentale et peuvent exacerber certains problèmes, et en même temps nos usagers sont hospitalisés dans un centre à cause de leurs problèmes de santé mentale », souligne-t-elle, ajoutant que le contact avec les proches a pu être gardé grâce aux téléphones.

Confusion du CIUSSS

Elle soutient que les visites en centre hospitalier pour les proches aidants ne sont permises que depuis le 2 juin par la province, et le CIUSSS valide en ce moment « une procédure pour les proches aidants », espérant accueillir ses premiers visiteurs au courant de la semaine prochaine.

Or, un porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux confirme que les visites à l’hôpital ont reçu le feu vert dès le 20 mai, comme pour les autres centres d’hébergement.

« Une chose est certaine, depuis le 20 mai, tous les PDG des CISSS et des CIUSSS ont été mis au courant de cette directive », écrit Robert Maranda.

« Ça presse ! L’état de ma femme se détériore », plaide M. Perez.