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Les minorités sont encore l’exception dans le Québec inc.

Elles sont totalement absentes du CA de plusieurs multinationales québécoises

Dax Dasilva
Photo d'archives, Maxime Deland

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Alors que le débat sur le racisme systémique fait rage, on constate que les Noirs, les autres minorités visibles et les autochtones sont encore rarissimes aux commandes des grandes entreprises.

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Depuis janvier, Ottawa oblige la plupart des sociétés cotées en Bourse à divulguer combien de femmes, de membres des minorités visibles, de personnes handicapées et d’autochtones font partie de leurs conseils d’administration et de leur haute direction. 

Une compilation du Journal révèle à quel point les décideurs de nos entreprises sont essentiellement blancs et masculins.

Parmi 20 des plus importantes entreprises québécoises cotées en Bourse, 14 ne comptent aucun membre des minorités visibles, personne handicapée ou autochtone à sa haute direction. Douze d’entre elles n’ont aucun représentant de ces groupes à leur conseil.

Les minorités visibles, les handicapés et les autochtones sont complètement absents de la haute direction et du conseil de neuf entreprises, dont Power Corporation, SNC-Lavalin, la Banque Nationale, BRP et le Canadien National. 

Rappelons qu’en 2016, 14 % de la population québécoise faisait partie d’une minorité visible.

Lightspeed, première de classe

À vrai dire, une seule entreprise se rapproche de la démographie québécoise : Lightspeed, fondée par Dax Dasilva, né à Vancouver de parents ougandais. Quelque 21 % de sa haute direction est composée de membres des minorités visibles, une proportion qui atteint 17 % à son conseil.

M. Dasilva ne s’étonne pas du manque « évident » de diversité dans le monde des affaires.

« Je ne connais pas toutes les entreprises, mais dans le secteur technologique, il y a encore cette philosophie du boys club, dit-il. Je pense qu’il est temps qu’on brise ce cycle une fois pour toutes. Pour ce faire, il faut qu’il y ait une volonté et cette volonté doit venir de haut, de la haute direction, du conseil. Si, nous, on est arrivé à le faire, c’est sûr que toutes les entreprises le peuvent aussi. »

Mercredi, le tout nouveau Conseil canadien des chefs d’entreprise contre le racisme systémique anti-Noir a salué les nombreux messages d’entreprises en appui au mouvement Black Lives Matter, mais a demandé à celles-ci d’aller au-delà des belles paroles. Les coprésidents du groupe comprennent notamment les PDG de la CIBC, de Fairfax et de Cisco Canada.

De la parole aux actes

« Le temps est venu de passer de la parole aux actes », a ajouté le ministre fédéral de l’Industrie, Navdeep Bains.

« Les résultats sont meilleurs lorsque les personnes à la table de décision reflètent la diversité de la population. C’est la raison pour laquelle on a fait adopter cette loi qui impose aux sociétés de divulguer leur politique sur la diversité et leurs objectifs pour accroître la diversité au sein de la haute direction et des conseils. (Ce) n’est pas seulement la bonne chose à faire, c’est aussi la plus judicieuse. »

Plusieurs entreprises québécoises n’ont pas adopté de politiques pour accroître la représentation des minorités visibles, des handicapés et des autochtones en haut lieu. C’est notamment le cas de Saputo, de Transcontinental et de WSP Global.


Notons que les entreprises constituées en vertu de la loi québécoise ne sont pas tenues de fournir des données sur la présence des minorités ethniques et des handicapés parmi leurs hauts dirigeants et administrateurs. Alimentation Couche-Tard, CGI, Metro, Québecor et Cascades sont du lot.