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La pandémie coûtera «quelques centaines de millions» à Hydro

Les fermetures ont réduit la consommation des clients commerciaux et industriels

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La COVID-19 va coûter cher à Hydro-Québec, a prévenu lundi la PDG de la société d’État, évoquant une baisse des revenus de « plusieurs centaines de millions » d’ici la fin de l’année.

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« Ça frappe, ça fesse fort », a commenté la nouvelle présidente et chef de la direction d’Hydro-Québec. 

« Jusqu’en juin, c’est déjà 130 millions de moins » dans les coffres de la société d’État, a-t-elle affirmé en marge d’une conférence organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). 

Elle a toutefois refusé de préciser l’ampleur de l’impact financier de la crise sanitaire sur les finances de l’entreprise publique, rappelant que celle-ci est loin d’être terminée.

Hydro-Québec a enregistré un bénéfice net de 2,9 milliards de dollars en 2019, et contribué pour 4,2 milliards de dollars aux revenus du gouvernement du Québec, qui est son unique actionnaire. Les résultats de 2020 s’annoncent beaucoup moins positifs.
Capture d’écran, site web de la CCMM
Hydro-Québec a enregistré un bénéfice net de 2,9 milliards de dollars en 2019, et contribué pour 4,2 milliards de dollars aux revenus du gouvernement du Québec, qui est son unique actionnaire. Les résultats de 2020 s’annoncent beaucoup moins positifs.

Cette diminution des revenus s’explique principalement par la consommation d’électricité moindre de la part des clients industriels et commerciaux d’Hydro-Québec depuis que la plupart des activités économiques ont été mises sur pause, le 13 mars.

Mais, la COVID-19 a le dos large

Pas question pour l’instant d’offrir des programmes d’aide financière à ces entreprises qui pourraient avoir tardé à acquitter leur facture d’électricité, a soutenu Mme Brochu, rappelant que la COVID-19 « a le dos large » par les temps qui courent. 

« Soudainement [certaines entreprises] se disent qu’elles peuvent demander des choses. Nous, on n’est pas dans une logique d’effacer des dettes, mais d’effacer des paiements. »

La dirigeante a toutefois voulu se faire rassurante, aucune restructuration ou mise à pied n’étant à prévoir pour l’instant en raison des résultats financiers.

Assez de minorités visibles ?

Par ailleurs, trois semaines après le début des manifestations de Black Lives Matter visant à dénoncer le racisme systémique aux États-Unis et au pays, et alors que le premier ministre François Legault venait d’annoncer la création d’un groupe de travail sur la question, Mme Brochu a avoué candidement « ne pas savoir » si Hydro-Québec dispose d’une cible pour accroître la présence de minorités visibles parmi son personnel.

« Il y a des programmes, mais je vous avoue mon ignorance [...]. Existe-t-il une cible ? Je ne le sais pas », a-t-elle dit, concédant que le comité de direction de l’entreprise est « très blanc ».

« J’arrive en poste, c’est une grande maison, Hydro, je n’ai pas tous les chiffres en tête. Suivez-moi une journée, vous allez voir », s’est-elle justifiée.

Un porte-parole d’Hydro-Québec a par la suite corrigé le tir sur Twitter.

La semaine dernière, une analyse de Radio-Canada révélait que la vaste majorité des employeurs du secteur public – dont Hydro-Québec – rate systématiquement les cibles de recrutement fixées par l’État. Celle d’Hydro est de 19 %, alors qu’elle compte actuellement 8,2 % de minorités visibles. 

La vente d’électricité à l’Ontario et New York toujours dans les plans 

La PDG d’Hydro-Québec, Sophie Brochu, demeure convaincue de la capacité de l’entreprise à vendre de l’hydroélectricité à l’Ontario et à l’État de New York. Et ce malgré le refus du premier ministre Doug Ford et le ralentissement des discussions avec les Américains.

« On a des voisins, des infrastructures communes, des finances publiques sous pressions comme jamais. On a tous intérêt à travailler ensemble », a affirmé Mme Brochu, lundi. « Je serais très surprise que l’Ontario ne veuille pas faire partie de cet écosystème-là. »

Hydro souhaite depuis longtemps vendre de l’électricité à la province voisine. Les espoirs sont aussi nombreux du côté de New York, où le gouverneur Andrew Cuomo et la Ville de New York ont réitéré leur intérêt pour l’énergie québécoise. 

Mais au-delà des paroles, les discussions avec les Américains sont sur la glace en raison des défis posés par la COVID-19 et les vives tensions raciales.

« Ce n’est pas un manque de volonté, c’est une question de disponibilité », a dit Mme Brochu, se disant confiante de la reprise prochaine des discussions. 

Quant à l’Ontario, le premier ministre Doug Ford a fermé la porte à l’achat d’électricité québécoise en décembre. M. Ford a encore redit récemment qu’il souhaitait investir dans la construction d’infrastructures électriques créatrices d’emplois en Ontario.

Mais Mme Brochu fait valoir qu’elle pourrait vendre de l’électricité « par intérim », pendant que sont construites ces éventuelles centrales ontariennes.  

L’étranger lointain attendra

Chose certaine, le projet de virage international défendu par son prédécesseur, Éric Martel, est mis en veilleuse. 

« On prend un pas de recul », a confirmé Mme Brochu. 

C’est que depuis l’annonce du « virage international », en 2015, le contexte a passablement changé. 

« On va réaliser des investissements importants, mais au Québec. Cet argent-là, on va l’investir ici avant de l’investir au Pérou », a-t-elle illustré.