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Refuges pour femmes dans le rouge

L’aide financière d’urgence de Québec et d’Ottawa tarde à venir pour ces maisons pour victimes de violence

Femmes victimes
Photo Chantal Poirier Mélissa a fui un conjoint violent avec ses deux enfants en plein confinement. Elle a trouvé refuge à La Dauphinelle, un foyer pour femmes victimes de violence conjugale de Montréal, qui l’aide à se reconstruire.

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Des maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale sont au bord du gouffre financier parce que l’aide d’urgence promise par Québec et Ottawa tarde à venir à cause de délais bureaucratiques dignes « de la maison qui rend fou ».

« Le gouvernement est totalement déraisonnable de ne pas être capable de réagir en urgence à une situation urgente », s’insurge Gaëlle Fédida, coprésidente de l’organisation Hébergement Femmes Canada.

Dès le mois de mars, Québec et Ottawa ont annoncé des fonds d’urgence pour aider les foyers pour femmes victimes de violence à couvrir les frais supplémentaires engendrés par la pandémie. Mais, l’aide tarde pour plusieurs.

« On attend après le formulaire M30 », s’indigne-t-elle en décrivant un dédale administratif digne « de la maison qui rend fou ».

Pendant ce temps, entre le 1er avril et le 4 mai, neuf femmes ont été victimes de féminicide au Canada, contre cinq à pareille date il y a un an.

Service vital

En raison des mesures de confinement, les femmes déjà au bord du gouffre avant la crise se sont retrouvées en tête à tête avec leur agresseur. Pour elles et pour leurs enfants, les foyers d’accueil sont vitaux.

« Ils sauvent des vies », souffle Mélissa, qui s’est confiée au Journal sous couvert de l’anonymat.

Mélissa a touché le fonds dès les premiers jours du confinement. C’est enfermée dans la chambre de ses enfants qu’elle a finalement appelé la police à son secours. Maman de deux jeunes enfants, elle a été secourue au début du mois d’avril par La Dauphinelle, un foyer de Montréal. 

​​Bien qu’elle ne laisse rien paraître à ses pensionnaires, Sabrina Lemeltier, la directrice générale de La Dauphinelle, se demande comment boucler ses fins de mois. En plus d’un soutien public lent à venir, elle ne peut plus compter sur plusieurs entreprises donatrices ni sur l’aide de bénévoles.

Dans les maisons comme la sienne, les conséquences de la pandémie et des délais bureaucratiques sont bien réelles. Beaucoup, par exemple, comptaient sur des dons alimentaires, mais sont maintenant contraintes d’acheter de la nourriture compte tenu des mesures de confinement.

Mais, Mme Lemeltier ne peut pas se permettre de déposer les armes, car elle craint que la crise socio-économique provoquée par la pandémie engendre une augmentation de la violence. « La vraie bataille ne fait que commencer », dit-elle.

Financement absorbé par la machine bureaucratique

Le gros de l’aide financière de 2,5 millions $ promis par Québec aux refuges pour femmes violentées ne s’est pas rendu dans les coffres des organismes sur le terrain. 

Les fonds auraient plutôt été absorbés par les CIUSSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux), indique Gaëlle Fédida, de l’Alliance provinciale des maisons d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence conjugale et d’Hébergement Femmes Canada. « Les CIUSSS nous ont volé notre argent », tonne-t-elle.

Alice Bergeron, l’attachée de presse de la ministre responsable de la Condition féminine, explique que l’argent a été réparti « selon une distribution régionale à l’aide d’un indice calculé en fonction des besoins en services sociaux et du taux d’infraction pour violence conjugale ».

Concrètement, « la majorité de l’argent est resté dans le système public », résume Sabrina Lemeltier, de La Dauphinelle, qui a reçu à peine de quoi couvrir les frais supplémentaires engendrés par la COVID-19.

Fonds fédéraux

Les foyers pour femmes du Québec tardent en plus à toucher l’aide d’Ottawa, qui a annoncé 50 millions de dollars à leur intention dès le 18 mars, dont 6,4 M$ réservés au Québec.

Hébergement femmes Canada a distribué les fonds en quelques jours partout au pays, sauf au Québec, où l’aide fédérale devait être approuvée et gérée directement par le gouvernement provincial.

Pour Manon Monastesse, de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, Québec aurait pu aplanir la courbe bureaucratique davantage : « il y a toujours des délais, c’est constitutionnel, mais puisqu’on est en état d’urgence, le gouvernement aurait pu lever cette démarche qui est purement statutaire ».

Mme Bergeron assure que les chèques ont commencé à arriver dès la mi-mai. Elle promet une deuxième vague rapidement.