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Ottawa prolonge l'accès à la PCU pour huit semaines

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OTTAWA | Le gouvernement fédéral prolonge la durée d’admissibilité à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) de deux mois sans modifier son programme, ce qui ravive les craintes de plusieurs qu’elle ait un effet amortissant sur la relance économique.

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«On veut que les gens reprennent du travail s’il y en a, mais on reconnaît [qu’il y a] autour de trois millions de personnes qui voudraient travailler et qui ne le peuvent pas», a déclaré le premier ministre Trudeau, mardi, en annonçant que la durée maximale des prestations de 2000 $ passe de 16 à 24 semaines.

De nombreux Canadiens qui se prévalaient de la PCU depuis le 15 mars, rétroactivement, étaient plongés dans l’incertitude puisqu’ils auraient écoulé leurs derniers chèques d’ici le début juillet. 

Or, le fait que les paramètres du programme demeurent inchangés inquiète des membres de la communauté d’affaires, comme la Fédération des chambres de commerce du Québec.

«Dès le 11 mai, alors que les activités reprenaient dans plusieurs secteurs, nous avons souligné que la PCU compliquait le recrutement et la rétention de la main-d’œuvre. Le gouvernement n’a plus l’excuse de l’urgence d’agir pour ne pas corriger ces lacunes», a réagi le président-directeur général de l’organisation, Charles Milliard.

Le premier ministre québécois François Legault y est allé d’un constat similaire, soutenant que la décision d’Ottawa le forçait à considérer d’allonger la période de couverture des primes de son gouvernement pour bonifier le salaire des travailleurs essentiels.

«On comprend que les personnes qui ont perdu leur emploi veulent de l’aide du gouvernement, mais il faudrait trouver un moyen qu’il y ait un incitatif à relancer l’économie et que le plus de personnes possible retournent à l’emploi le plus vite», a-t-il commenté.

À ces craintes, le fédéral répond que son décret prolongeant la durée de la PCU modifie l’attestation que doivent remplir les demandeurs pour se prévaloir de la mesure phare déployée au plus fort de la crise de la COVID. Ainsi, ceux-ci seront dirigés vers une banque d’emplois disponibles et devront s’en tenir à assurer qu’ils sont en recherche d’emploi.

À quand des modifications?

Ottawa se défend en outre d’avoir renoncé à modifier le programme. Une mesure législative présentée la semaine dernière, C-17, rendrait inadmissibles les Canadiens qui refusent des offres d’emplois «raisonnables» en plus de sévir contre les fraudeurs.

Le projet de loi est toutefois sur la glace depuis la semaine dernière, faute d’entente avec les partis d’opposition pour l’adopter à toute vapeur.

«Il y a une arrogance dans l'attitude du gouvernement qui dit "On ne veut pas améliorer les choses, nous connaissons tout"», a pesté le chef bloquiste Yves-François Blanchet en entrevue.

Le Bloc québécois propose depuis des semaines à Ottawa d'éliminer graduellement la PCU en modulant les prestations de 2000 $ à la baisse quand ceux qui s'en prévalent font plus de 1000 $ par mois.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a de son côté récemment réclamé une prolongation d’au moins quatre mois de la PCU. Mardi, le chef Jagmeet Singh a réagi en soutenant que les libéraux répondaient favorablement à leur «demande à court terme», mais exige «un plan à long terme».

Quel coût?

Il n’est par ailleurs pas clair à combien s’élèvera le coût total de la PCU. «On estime que ça va coûter maximum 17 milliards $ par mois [...], mais c’est très difficile à estimer à l’heure actuelle», a souligné la ministre fédérale de l’Emploi, Carla Qualtrough.

On mentionne notamment que 1,2 million de Canadiens ayant réclamé la PCU en mai ne l’ont pas redemandée en juin.

Dans le budget supplémentaire des dépenses, qui doit être adopté aux Communes mercredi, le coût de la mesure est évalué à 60 milliards $. Déjà, plus de 43 milliards $ ont été versés en prestations en date du 4 juin pour plus de 8 millions de prestataires.

  • Gopinath Jeyablaratnam, analyste principal des politiques à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, sur QUB Radio:  

-Avec AFP