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Les illusions du Canada à l’ONU

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Le Canada a mené une belle campagne pour devenir membre non permanent du Conseil de sécurité. À la seule lumière de cette campagne, le Canada a des chances élevées de l’emporter. Mais la dure réalité des relations internationales risque de décevoir le Canada. En raison des jeux d’alliances et surtout de ses mauvaises orientations internationales, le Canada devrait perdre cette élection.

La campagne du Canada pour obtenir un siège au Conseil de sécurité est axée sur l’esprit d’équipe, l’égalité entre les sexes, la sécurité économique, l’environnement et la paix. Ces objectifs sont similaires à ceux de la Norvège et de l’Irlande, les deux rivaux du Canada pour les deux sièges disponibles dans son bloc.

Diplomatie de la poutine

Tous les moyens sont bons pour attirer les votes. Le Canada a même distribué de la poutine aux diplomates, tandis que la Norvège a organisé une dégustation de gaufres et que l’Irlande a offert de la Guinness et du Jameson. En théorie, le Canada a davantage de moyens financiers et de personnel diplomatique que les deux autres pays pour influencer le vote. Sa campagne est solide et bien articulée.

Mais le vote ne va pas se jouer sur ce plan. Les réseaux d’alliances de chaque pays vont tout décider. Ici, le Canada est faible.

Règles byzantines

Le premier tour du vote se déroule aujourd’hui. Pour l’emporter, il faut gagner le vote secret des 2/3 des 193 pays membres de l’Assemblée générale de l’ONU. Il serait surprenant qu’un des trois pays y parvienne au premier tour. 

  • Écoutez la discussion avec Loïc Tassé, chroniqueur blogueur au Journal de Montréal et au Journal de Québec, à QUB Radio:

Les règles d’élection sont un peu byzantines. Seuls les deux pays qui ont réuni le plus de votes peuvent passer au 2e ou au 3e tour. Si un 4e, un 5e ou un 6e tour est requis, alors d’autres pays du bloc peuvent présenter leur candidature. Ensuite, au besoin, les 7e, 8e et 9e tours ont lieu entre les deux pays qui ont obtenu le plus de votes. Après, on revient aux tours ouverts, et ainsi de suite.

Beaucoup de mécontents

Le problème du Canada est que sa politique internationale fait beaucoup de mécontents. 

D’abord, l’appui quasi inconditionnel du Canada aux politiques du premier ministre d’Israël irrite les 77 pays du groupe arabo-musulmans. 

Ensuite, malgré ses voyages de dernière minute en Afrique, Justin Trudeau n’a pas montré beaucoup de préoccupation à l’égard des 54 pays qui forment ce continent. C’est Stephen Harper qui avait commencé à désengager le Canada de l’Afrique. Un désengagement qui risque de coûter cher en termes d’appuis.

Par ailleurs, la politique antirusse hystérique de Chrystia Freeland n’a pas été oubliée par la Russie et ses alliés.

Les 27 membres de l’Union européenne devraient voter pour l’Irlande, qui fait partie de l’Union.

Enfin, la position du Canada à l’égard de la Chine, notamment dans l’affaire Huawei, mine l’appui de la Chine et de ses alliés. Dans ce dernier cas, cependant, l’attitude ferme du Canada pourrait lui apporter des votes.

Bref, une victoire du Canada serait étonnante.