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Venezuela: quelle légitimité pour des législatives?

Nicolas Maduro
Photo AFP Nicolas Maduro

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Les Vénézuéliens doivent renouveler l’Assemblée nationale cette année. Mais Nicolas Maduro et ses alliés chavistes sont parvenus à pousser Juan Guaido et les principaux partis d’opposition vénézuéliens qui la contrôlent à boycotter le scrutin, mettant en doute la légitimité des élections.

Le sang des dirigeants de onze partis d’opposition n’a fait qu’un tour la semaine dernière. La Cour suprême, qu’ils accusent d’être aux ordres du président socialiste, s’est en effet arrogé la prérogative de renouveler le Conseil national électoral (CNE) en vue des élections, dont la date n’a pas encore été arrêtée. 

Or la loi dicte que ce droit revient à la seule Assemblée nationale.

L’enjeu de la composition du CNE et le scrutin qu’il est chargé d’organiser est de taille: le Parlement monocaméral est la seule institution du Venezuela qui échappe au pouvoir. 

L’opposition est majoritaire dans l’hémicycle depuis les législatives de 2015. Et c’est en brandissant sa qualité de président de l’Assemblée nationale que Juan Guaido s’est proclamé président par intérim le 23 janvier 2019. Il avait alors mis en avant le caractère «frauduleux» de la présidentielle de 2018 qui avait permis à Nicolas Maduro de se maintenir au palais de Miraflores.

Juan Guaido a été réélu par l’opposition à la présidence de l’Assemblée en janvier, mais le pouvoir ne le reconnaît pas comme tel.

Dans un communiqué commun, les partis d’opposition, dont Voluntad popular (Volonté populaire) de Juan Guaido, ont fustigé la «farce électorale» qui, selon eux, se profile à l’horizon et assuré qu’ils n’y participeraient pas. Washington, soutien de Juan Guaido, a condamné le nouveau Conseil national électoral.

La réplique de Nicolas Maduro a fusé mardi: les partis d’opposition ne participeront pas aux élections «parce qu’ils savent qu’ils vont perdre».

Mais pour l’historien Pedro Benitez, Nicolas Maduro et ses alliés «essaient d’organiser» des élections «à leurs conditions». 

Et, renchérit Benigno Alarcon, politologue à l’université catholique Andres-Bello, le pouvoir tente de «neutraliser» Juan Guaido «par tous les moyens».

Le chemin de la rue

Juan Guaido, reconnu comme président par intérim par une soixantaine de pays, fait déjà l’objet de nombreuses poursuites et d’accusations de «complot» et de «tentatives de coup d’État». Des accusations destinées à «démotiver le vote en faveur de l’opposition», juge Benigno Alarcon.  

Pour le moment, l’opposant n’a pas été interpellé. Mais depuis près d’un an et demi, depuis qu’il s’est proclamé président par intérim, il n’est pas parvenu à évincer Nicolas Maduro. Et sa cote de popularité est passée de 63% en janvier 2019 à 25,5% au mois de mai, selon l’institut Datanalisis. Celle de Nicolas Maduro est de 13,1%.

De toute évidence, remarque Luis Vicente Leon, directeur de Datanalisis, si Nicolas Maduro a choisi de laisser à la justice le soin de nommer le nouveau Conseil national électoral, «ce n’est pas pour contrôler l’Assemblée (qui sortira des urnes) en termes législatifs», mais pour «affaiblir» Juan Guaido.

D’où la question de la légitimité des prochaines élections législatives. 

Elles rappellent à l’historien Pedro Benitez l’élection présidentielle de 2018. L’abstention avait alors été la plus forte en soixante ans et les États-Unis et de nombreux pays européens et latino-américains n’avaient pas reconnu la validité du scrutin. La majeure partie de l’opposition l’avait boycotté et crié à la «fraude».

Avec ces législatives, Nicolas Maduro, qui a toujours le soutien crucial de l’armée vénézuélienne et de ses alliés russes, va tenter de «récupérer un peu de légitimité, mais ça ne sera pas suffisant», relève M. Benitez.

D’autant que la direction de deux partis d’opposition – Accion democratica et Primero justicia – a été coup sur coup suspendue lundi et mardi par la Cour suprême.

S’il ne compte pas sur les urnes, Juan Guaido mise, lui, sur de nouvelles manifestations anti-Maduro. L’an dernier, elles drainaient des milliers de Vénézuéliens. Mais l’élan qui portait alors l’opposant s’est essoufflé et les manifestations se sont essoufflées pour complètement disparaître avec la pandémie de COVID-19.

La semaine dernière, Juan Guaido a toutefois appelé ses partisans à «reprendre le chemin de la rue tout en respectant la distanciation sociale».

«Nous ne pouvons pas conduire une politique passive», a-t-il martelé samedi, tout en promettant davantage de «pression», sans donner plus de détails.