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Abolir la prime COVID? Non!

Loblaws
Photo d'archives Il faut soutenir les employés les plus modestes.

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Au plus fort de la pandémie, alors que l’inquiétude collective virait à l’angoisse pure et simple, nous avons tous été frappés par le courage au quotidien des commis et employés d’épicerie.

Véritables fantassins sur le front covidien, ils menaient la bataille contre elle, pour que le système ne s’effondre pas, pour qu’il tienne, pour que la société fonctionne encore un peu. Ils risquaient leur santé, et pour certains, leur peau.

Le contexte était tel que les employeurs ont cru bon d’accorder à leurs employés une prime COVID, ce qui, disons-le, était la moindre des choses.

Précarité

C’était la chose à faire.

Mais apparemment, il s’agissait d’un privilège circonstanciel dépendant de l’arbitraire des employeurs, et d’aucune manière appelé à durer.

Maintenant que la vie semble reprendre son cours, ces employeurs veulent retirer la prime. Metro, Super C, Adonis, Jean Coutu, Maxi, Provigo, Pharmaprix, IGA et Rachelle-Béry ont décidé, ces derniers jours, de l’abolir. Les temps difficiles seraient derrière nous, les primes qui viennent avec eux aussi.

Que chacun se contente de sa pitance.

Il y a là une forme d’indécence qui devrait heurter tous ceux qui ont un peu le sens de l’honneur.

Pour peu qu’on croie à la possibilité de vrais progrès sociaux, la prime COVID devrait être là pour durer. Ce n’est pas verser dans le socialisme que de rappeler que la condition des travailleurs au bas de l’échelle est structurellement difficile.

Il ne s’agit pas, quoi qu’on en pense, seulement d’emplois étudiants, vite abandonnés par ceux qui, demain, rejoindront la classe moyenne. Une partie de la population, souvent la plus précaire, en dépend.

La situation des petits travailleurs demeure fondamentalement inacceptable. Ils sont au bas de l’échelle et se battent moins pour vivre que pour survivre. Ils sont souvent condamnés à fonctionner à la semaine. Une amélioration significative de leur condition devrait aller de soi.

Mais apparemment, ce n’est pas le cas.

Le capitalisme est un système qui sait produire de la richesse, sans le moindre doute, mais qui peine à la partager correctement si on ne le force pas à le faire.

L’histoire des progrès sociaux n’est pas d’abord celle de la générosité des nantis consentant à offrir des miettes plus ou moins grosses aux gueux et aux éclopés qui se plaignent d’avoir faim, mais de luttes sociales pour s’assurer que les droits sociaux soient respectés.

Écoutez Les idées mènent le monde, une série balado qui cherche a éclairer, à travers le travail des intellectuels, les grands enjeux de sociétés.

Injustice

Il ne s’agit pas de verser dans un égalitarisme obsessionnel alimenté par le ressentiment et la jalousie, comme nous y condamne la pensée socialiste, mais de s’assurer que la situation des plus modestes s’améliore toujours et qu’elle ne se confonde pas avec la pure nécessité.

Mais la situation des travailleurs les plus précaires n’est apparemment plus une cause à la mode.

Le politiquement correct déforme notre compréhension du monde et nous pousse à oublier les catégories les plus modestes de la société, envers qui nous avons pourtant un devoir de solidarité.