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La mâchoire décrochée

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En entrevue mardi, à LCN, le directeur national de la santé publique, le Dr Horacio Arruda, revenait sur la « gestion » de la crise de la COVID-19. Entre autres, il a dit ceci :

« Ce que je ne connaissais pas, c’était l’état du manque d’employés dans les CHSLD, la quantité de personnes qui passaient d’un milieu à un autre. Ça, je n’avais pas ces informations-là. Ce n’est pas d’ailleurs mon secteur, mais de toute façon, je pense qu’on a été pris par surprise ».

La mâchoire nous en décroche. La pénurie de main-d’œuvre en CHSLD est pourtant documentée et décriée depuis de nombreuses années. Sur toutes les tribunes. Y compris dans plusieurs rapports aussi publics que cinglants du vérificateur général du Québec et du protecteur du citoyen.

Maltraitance

En 2018, pour une énième fois, ce dernier revenait à la charge. Son constat : la pénurie de personnel en CHSLD et résidences privées pour aînés est si aiguë que des résidents ne reçoivent pas les soins auxquels ils ont droit. Ce qui, au sens même de la loi, « s’apparente à de la maltraitance ».

En tout respect, le Dr Arruda serait-il la seule personne au Québec qui l’ignorait ? La mobilité du personnel d’un établissement à un autre était tout aussi connue, et depuis longtemps.

Archi connue

Malgré cela, au début de l’urgence sanitaire, un élément central de la « gestion » de crise face à la COVID-19 fut de « vider » de nombreux lits d’hôpitaux pour « envoyer » des aînés fragiles en CHSLD.

Soit, précisément, là où les ressources humaines et matérielles manquaient déjà gravement. Comment possiblement faire face à une pandémie dans des circonstances pareilles ?

Cette décision a eu les conséquences tragiques que l’on connaît.

Faudrait-il croire en plus que le patron de la santé publique lui-même n’aurait rien su de l’ampleur connue de la pénurie de main-d’œuvre ni de la mobilité du personnel d’un milieu à l’autre avec ses risques inhérents de contagion en temps de pandémie ?