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CHSLD: le tiers des employés pas testés

La ministre avait pourtant promis début avril de faire des prélèvements sur tous les travailleurs des CHSLD

Le CHSLD privé non conventionné Les Jardins du Haut-Saint-Laurent, situé à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, a enregistré 26 décès liés à la COVID-19 au cours des trois dernières semaines, ses premiers depuis le début de la crise.
Photo Didier Debusschère Le CHSLD privé non conventionné Les Jardins du Haut-Saint-Laurent, situé à Saint-Augustin-de-Desmaures, près de Québec, a enregistré 26 décès liés à la COVID-19 au cours des trois dernières semaines, ses premiers depuis le début de la crise.

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Québec a échoué jusqu’à maintenant dans sa tentative de tester systématiquement tous les employés des CHSLD pour la COVID-19.

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Au début d’avril, la ministre de la Santé, Danielle McCann, avait pourtant promis de tester tous les employés et résidents des Centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

« C’est une mesure très importante puisqu’on veut que nos milieux de vie pour aînés soient sécuritaires », affirmait-elle en conférence de presse le 8 avril.

Toutefois, une semaine plus tard, le Ministère reculait déjà à propos des tests sur tous les résidents.

Une directive interne précisait que « seulement les premiers deux à cinq résidents qui présentent des symptômes » par unités ou étages de CHSLD seraient visés. On craignait alors une pénurie de tests.

Toujours en cours

Du côté du personnel, l’objectif n’est pas atteint non plus, d’après des chiffres obtenus par notre Bureau d’enquête.

À la fin de la deuxième semaine de juin, donc deux mois après l’annonce de Mme McCann, des prélèvements avaient été effectués sur 70 % du personnel, ce qui représente 44 000 travailleurs.

Il restait donc encore près du tiers des employés à tester.

Selon une porte-parole du ministère, Marie-Hélène Émond, l’opération de dépistage se poursuit.

Depuis le 8 avril, des directives ont été données à trois reprises par le ministère pour baliser l’utilisation des tests de COVID-19.

Ces directives font état d’une multitude de critères et de priorités par rapport aux groupes d’employés de la santé ou de populations visés. Cependant, on n’y retrouve pas d’indications sur la nécessité de tester systématiquement tous les employés des CHSLD.

Le Ministère ne suit pas

Depuis le début de la crise, ce n’est pas la première fois que Mme McCann tente de faire appliquer une mesure que son ministère n’arrive pas à exécuter.

Au début du mois d’avril, elle soulignait l’urgence de stopper les mouvements de personnel entre les résidences pour aînés, un facteur important de propagation du coronavirus. Jusqu’à présent, le réseau de la santé a été incapable de livrer la marchandise.

Au sujet des tests, les syndicats du secteur de la santé estiment que Québec a carrément failli à la tâche. Cette mesure était cruciale, estime-t-on, en raison du nombre important de décès dans les CHSLD.

« On est en train de compléter les tests alors qu’on est au mois de juin et que la pandémie est en recul. Ça vient beaucoup trop tard », souligne Hubert Forcier, porte-parole de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN).

La pandémie de la COVID-19 a fait, en date d’hier, 3401 morts dans les CHSLD, soit 64 % de toutes les victimes de la maladie au Québec. 

Nouvelles éclosions importantes à Québec  

Depuis la mi-mai, la région de Québec a été touchée par des éclosions importantes de nouveaux cas de COVID-19 dans trois CHSLD, qui se sont traduites par plus de 60 décès.

La situation la plus sévère est survenue à l’Hôpital général de Québec, un CHSLD public, qui a vu le nombre de décès total parmi ses résidents bondir de 3 à 31 morts au cours des quatre dernières semaines.

Les Jardins du Haut-Saint-Laurent, à Saint-Augustin-de-Desmaures, n’ont pas été épargnés non plus, puisqu’on y compte maintenant un total de 26 décès dans les trois dernières semaines.

Ce CHSLD privé non conventionné avait été exempt de décès jusqu’alors.

C’était le cas aussi pour Centre Le Faubourg, à Québec, une résidence publique, où neuf morts ont été enregistrés depuis la fin mai.

Il s’agit donc de 63 nouveaux décès qui se sont ajoutés au bilan de la région de Québec pendant cette période. Jusqu’à présent, on déplore un total de 122 morts chez les personnes âgées des CHSLD locaux.

Le pire cas avait auparavant été celui de l’Hôpital Jeffrey Hale avec 40 décès en avril et au début mai.

Causes particulières

Selon le directeur régional de la santé publique, le Dr François Desbiens, les nouvelles éclosions sont attribuables à des causes particulières à chacun des centres touchés. 

« Ce sont des situations ponctuelles », a-t-il expliqué en entrevue.

Plusieurs facteurs sont possibles, dit le Dr Desbiens, dont un employé ou un résident asymptomatique non détecté.

Des installations anciennes peuvent aussi ajouter des difficultés. 

Par exemple, l’Hôpital général compte encore des chambres à deux places, note le médecin, ce qui favorise la transmission.

« Une fois que ça rentre dans le milieu, c’est très difficile à contrôler. Ça nous prend souvent deux à trois semaines avant de reprendre le contrôle », affirme-t-il.

La fin dans 14 à 28 jours

Par contre, à son avis, les trois éclosions sont actuellement maîtrisées et le nombre de nouvelles infections est en régression.

« On est en descente importante au niveau des cas, ce qui signifie qu’on va pouvoir mettre fin aux éclosions dans 14 à 28 jours », dit-il.

3 CHSLD touchés   

Jardins du Haut-Saint-Laurent  

  • Cas actifs: 38  
  • Nombre de morts: 26   

Centre d’hébergement Le Faubourg  

  • Cas actifs: 12  
  • Nombre de morts: 9   

Centre d’hébergement de l’Hôpital général de Québec  

  • Cas actifs: 29  
  • Nombre de morts: 31