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Un projet de 800 M$ autour de l’ancienne maison de Céline Dion

Un promoteur veut construire 660 condos en plein cœur d’un refuge faunique

François Duplantie
Photo Chantal Poirier Le manoir de l’île Gagnon a été construit de 1999 à 2001 pour le couple Dion-Angélil.

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Un promoteur veut construire autour de l’ancien manoir de Céline Dion, à l’île Gagnon, à Laval, près de 700 condos dans le cadre d’un projet de 800 millions $ qui prévoit également la démolition de la résidence de la mère de la chanteuse.

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« On veut créer ici un centre de villégiature international », affirme François Duplantie en entrevue avec Le Journal sur la terrasse du manoir, qui donne sur l’eau. Devant la maison, une bernache se promène avec ses petits.

Dans l’île de 830 000 pieds carrés, M. Duplantie ambitionne de bâtir 660 condos dans des bâtiments de deux à six étages, un hôtel cinq étoiles de 35 chambres, un spa et deux restaurants. Un nouveau pont relierait l’île au boulevard Curé-Labelle.

Le projet prévoit la construction de 660 condominiums sur l’île.
Photo courtoisie
Le projet prévoit la construction de 660 condominiums sur l’île.

Le deuxième volet du projet prévoit la construction, dans le quartier voisin de Sainte-Rose, de 495 appartements, d’un hôtel trois étoiles de 120 chambres, d’un CHSLD, d’une résidence pour aînés et d’une salle de spectacles.

Plusieurs maisons devraient être rasées pour faire place au complexe, dont la luxueuse résidence où Thérèse Tanguay Dion est décédée, en janvier.

« C’est une bonne affaire »

« Les souvenirs, on va les garder en nous, confie Claudette Dion. [...] La tendance est aux condos, la population est vieillissante, donc je trouve que c’est une bonne affaire. »

L’île Gagnon se trouve au milieu du refuge faunique de la rivière des Mille-Îles et face à un parc prisé des amateurs de kayak.

« On veut faire de notre projet un exemple à reproduire à travers le monde au niveau de l’environnement », insiste M. Duplantie.

Le promoteur du vaste projet immobilier, François Duplantie.
Photo Chantal Poirier
Le promoteur du vaste projet immobilier, François Duplantie.

L’homme d’affaires précise qu’une bande d’arbres d’une profondeur de 15 mètres sera préservée sur le pourtour de l’île et que seulement trois quais seront installés. « Personne ne va voir le projet », assure-t-il. 

François Duplantie soutient que l’érection de centaines de condos serait moins dommageable que la construction d’une vingtaine de maisons unifamiliales avec accès à l’eau. Selon lui, les bâtiments occuperont environ 30 % de la superficie de l’île.

Changement de zonage

En 2017, Olymbec, propriétaire de l’île Gagnon, a réussi à faire changer le statut d’affectation des lieux de « protection » à « urbain ».

Le projet a fait l’objet, hier soir, d’une consultation publique au cours de laquelle le cardiologue François Reeves, spécialisé en médecine environnementale, a fait une présentation. Il conseille M. Duplantie à titre bénévole.

« Le promoteur aurait pu acheter l’île Gagnon, tout raser et en faire une île des Sœurs », affirme le Dr Reeves.

« Chaque fois qu’on perd un milieu riverain ou une île dans un habitat comme celui-là, on s’occasionne des problèmes à l’avenir, rétorque la présidente de Nature Québec, Louise Gratton. Alors sur le plan de la biodiversité et de l’écologie, je trouve que ce projet-là est inadmissible. » 

Un mystérieux partenaire financier  

La puissante, mais discrète firme Olymbec a fait les premiers pas qui ont mené à l’ambitieux projet de l’île Gagnon et de la Place Sainte-Rose, à Laval.

En 2016, le président d’Olymbec, Richard Stern, a mis la main sur l’île Gagnon et le manoir de Céline Dion pour 10 millions $. La star demandait près de 30 millions $ pour la propriété lors de sa mise en vente, en 2012.

Le promoteur François Duplantie habite dans la luxueuse résidence en vertu d’une entente signée avec M. Stern.

Olymbec agit à titre de « financier » dans le projet de l’île Gagnon et de la Place Sainte-Rose, indique M. Duplantie, qui a déjà collaboré avec l’entreprise pour d’autres développements immobiliers. Joint par Le Journal, Richard Stern n’a pas souhaité discuter du dossier.

Fondé en 1975 par le père de M. Stern, Olymbec est propriétaire de plusieurs immeubles à Trois-Rivières, dans la région de Montréal, à Sherbrooke et à Québec. Otéra Capital, une filiale de la Caisse de dépôt, est un important prêteur d’Olymbec.

Novatek, l’entreprise de construction de François Duplantie, mène plusieurs projets domiciliaires dans les régions de Montréal et de Québec. En 2016, M. Duplantie a dévoilé Cité Nova, un imposant projet de 550 unités à Trois-Rivières, mais le site web de celui-ci n’est plus en ligne.

Sanctions

M. Duplantie a également été courtier immobilier pendant une dizaine d’années. En 2013, l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec a suspendu son permis pendant 90 jours et lui a imposé une amende de 1000 $ pour avoir « délibérément manipulé » les prix de vente de propriétés à Sainte-Anne-des-Plaines, « soit en gonflant ou en les diminuant à des fins d’évasion fiscale », ce qui a entraîné des promesses d’achat faites « à un prix fictif ».

Interrogé à ce sujet hier, M. Duplantie a assuré que ses pratiques d’affaires ont changé depuis.

En 2019, il a par ailleurs dû payer une amende de 500 $ pour un retard à dévoiler des activités de lobbyisme.