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Juneteenth: un intérêt renouvelé

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Rarement le 19 juin aura-t-il autant attiré l’attention. Bien difficile, dans le climat social actuel, d’ignorer la journée qui commémore l’émancipation d’un groupe d’esclaves au Texas.

Comme si les manifestations qui ont fait suite à la mort de George Floyd ne suffisaient pas, le rassemblement du président à Tulsa, demain, et les réactions de Facebook et Twitter à des publicités ou des gazouillis du président viennent jeter de l’huile sur le feu.

  • ÉCOUTEZ Luc Laliberté à QUB Radio:

Malgré les risques encourus, Donald Trump n’a jamais hésité à provoquer ou à déranger dans les dossiers de la question raciale et de l’immigration. Un mélange explosif d’ignorance, de provocation et d’imprudence. Nous dépassons ici le simple manque de délicatesse ou de diplomatie. Nous touchons plutôt au péché originel américain et à une cicatrice qui ne s’est jamais refermée.

Pour bien comprendre à quel point cette date est importante et le sujet sensible, je me suis dit que nous pourrions, ensemble, remonter brièvement dans le temps. Fait intéressant, les Archives nationales annonçaient ce matin qu’on croyait avoir retrouvé la déclaration officielle du 19 juin 1865.

National Archives, Washington D.C.

Il s’agit d’un document rédigé par le major F.W. Emery au nom du major-général Gordon Granger. Non seulement on y confirme que tous les esclaves sont maintenant libres, mais on ajoute également l’information suivante: «This involves an absolute equality of personal rights and rights of property between former masters and slaves and the connection heretofore existing between them becomes that between employer and hired labor.» Les anciens esclaves ne sont pas que libres, ils sont considérés comme des égaux et bénéficient des mêmes droits.

Nous savons maintenant que, si les droits sont reconnus dès le départ, la discrimination et la ségrégation en empêcheront trop longtemps la reconnaissance pleine et entière, malheureusement. Ai-je vraiment besoin d’ajouter que la communauté noire compose toujours avec une évolution très lente des repères culturels, que les préjugés sont encore nombreux et que cette communauté est plus durement touchée par une foule de thématiques sociales comme l’accès à l’éducation, la pauvreté ou la violence policière? 

L’origine des célébrations du 19 juin est aussi ancienne que le document signé par le général Granger, mais elles se limitaient souvent à l’État du Texas et n’avaient pas de reconnaissance officielle. Il faut attendre 1970 pour que le Texas en fasse une fête reconnue.

C’est à partir des années 1980 et 1990 que le «Jour de l’émancipation» ou le «Jour de la liberté» est célébré un peu partout aux États-Unis, d’abord par la communauté noire, puis, avec le temps, par un plus grand nombre de citoyens. C’est un activiste du nom de Ben Haith qui aura l’idée de concevoir le drapeau qui flottera aujourd’hui au-dessus de bien des bâtiments publics. Aidé dans sa démarche par une illustratrice de Boston, Haith regroupera sur le drapeau plusieurs symboles importants.

Photo courtoisie

En observant le drapeau, on remarque tout de suite l’étoile. Cette étoile représente à la fois le Texas (le Lone Star State), mais aussi la liberté des Noirs à l’échelle du pays.

Autour de l’étoile, on retrouve une forme qui représente un éclat. Il figure la formation d’une nouvelle étoile, celle d’un nouveau départ pour les anciens esclaves. L’arche qui sépare le rouge et le bleu renvoie à un nouvel horizon.

Le recours au rouge, au bleu et au blanc rappelle que les anciens esclaves sont des citoyens des États-Unis, qu’ils appartiennent eux aussi à ce pays. Pour Haith, le message d’ensemble doit être positif, appeler tous les citoyens à continuer à faire plus et mieux, et à le faire ensemble.

Je m’arrête ici, mais je trouvais pertinent de rédiger un petit billet ayant pour thème cette journée trop souvent ignorée. Le 19 juin 1865, on informait les esclaves de Galveston, au Texas, de la fin de l’esclavage, et cette date est maintenant devenue un symbole national.

Une administration soucieuse de l’histoire du pays et des problèmes auxquels sont toujours confrontés les représentants de la communauté noire n’aurait jamais songé à organiser un rassemblement partisan à Tulsa dans le contexte actuel. Il y a cependant bien longtemps que j’ai cessé d’attendre de cette administration ignorante un minimum de décence et d’ouverture. Tout doit être sacrifié à la gloire du président et à sa réélection.