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La PCU découragerait l’embauche

Malgré un taux de chômage très élevé au Québec, les entreprises peinent à recruter

Le PDG de Moderco, Stephan Julien,
Photo d’archives, Francis Halin Le grand patron du manufacturier Moderco, Stephan Julien, se dit incapable de recruter tout le personnel requis à cause de la PCU.

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La prolongation de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) donne des sueurs froides à plusieurs chefs d’entreprises, qui accusent le gouvernement Trudeau de créer de toute pièce une nouvelle pénurie de main-d’œuvre.

Panneaux-réclames, publicités à la radio locale, entrevues médiatiques : le PDG de Moderco Stephan Julien ne sait plus à quel saint se vouer pour recruter la quarantaine d’employés additionnels dont il a besoin.

Le fabricant de cloisons mobiles établi à Boucherville offre pourtant des emplois ne nécessitant à peu près pas de formation, et un salaire de départ de 15 $. 

« Les divers programmes gouvernementaux nous tirent dans le pied. Nous sommes privilégiés de vivre dans un pays doté d’un bon filet social, et je comprends que certains attendent encore la réouverture de leurs lieux de travail ou de la garderie. Mais je ne peux pas croire qu’avec près de 14 % de chômage, tout le monde n’est pas apte à retourner au travail », dit-il. 

Dans ses installations de Sainte-Julie, Saint-Agapit, Beauceville ou Anjou, le président et chef de la direction de Novatech, Harold Savard, éprouve les mêmes problèmes. 

« On a déjà rappelé 100 % de nos travailleurs. Et là, on cherche une cinquantaine d’employés additionnels. On se croirait en véritable pénurie de main-d’œuvre, c’est comme la COVID-19, il n’y a pas de CV qui rentrent. » 

Chez ce manufacturier de fenêtres à la fine pointe de la technologie, on commence à 16 $ de l’heure, avant de passer à 20 $ après 1000 heures. Mais ici aussi, M. Savard estime que la prestation imposable de 2000 $ par mois nuit au recrutement de personnel. Et la prolongation de huit semaines annoncée mardi par le gouvernement Trudeau tombe bien mal.

Plus d’incitatifs

M. Savard dénonce « la perception » voulant que certains préfèrent profiter de la Prestation canadienne d’urgence plutôt que de se mettre à chercher du travail. 

« Je suis mal placé pour dire d’abolir la PCU, car les gens en ont réellement besoin. Mais il faut inciter les gens à travailler », plaide-t-il. 

Véronique Proulx, présidente de Manufacturier et exportateurs du Québec (MEQ), abonde dans le même sens. 

« On est dans une situation de crise économique, plusieurs secteurs de l’économie ne sont pas repartis, mais nous oui. On veut contribuer à la relance et on se retrouve actuellement avec des bâtons dans les roues. Québec et Ottawa doivent trouver des solutions, maintenant. Il y a urgence d’agir », martèle-t-elle. 

Elle encourage notamment Ottawa à maintenir la pleine valeur de la prestation dans le cas de travailleurs retournant au travail, et de faire de même avec les jeunes touchant la PCU pour étudiants. On pourrait aussi demander aux prestataires de démontrer qu’ils sont en recherche d’emploi, comme c’est le cas pour l’assurance-emploi, par exemple.