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Deux défaites cuisantes mais opportunes pour Trump

Deux défaites cuisantes mais opportunes pour Trump
Photo d'archives AFP

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Cette semaine, le président a subi deux défaites cuisantes en Cour suprême, mais ces défaites pourraient s’avérer politiquement avantageuses pour lui.

Pendant une semaine mouvementée aux États-Unis, la Cour suprême a rendu deux décisions largement interprétées comme des défaites pour le président Trump et ceux qui croyaient pouvoir compter sur la majorité conservatrice pour toujours pencher solidement en leur faveur. 

Primo, c’est mal comprendre la nature de la Cour que de supposer que les cinq juges conservateurs et les quatre juges libéraux vont toujours former des blocs compacts sur toutes les questions à portée idéologique. 

Secundo, c’est aussi un peu simpliste d’interpréter cet épisode comme étant désavantageux pour Trump.

Un camouflet à la droite religieuse

Lundi, la Cour appuyait, par une majorité de 6 contre 3, une décision de cours inférieures rendant illégales certaines formes de discrimination à l’emploi contre les personnes homosexuelles, transsexuelles, transgenres ou autres identités sexuelles non conventionnelles (LGBTQ+). 

Dans le cas précis couvert par le jugement, la Cour a jugé que l’interdiction de congédier une personne sur la seule base de son identité sexuelle prédominait sur la liberté religieuse de l’employeur qui évoquait ce droit pour justifier le congédiement. 

Selon la Cour, le cas était couvert par les restrictions actuelles qui empêchent la discrimination sur la base du sexe.

Cette décision n’était pas entièrement étonnante de la part de la Cour, qui a confirmé le droit entre personnes de même sexe envers et contre la forte résistance de la droite religieuse, mais ce qui en a surpris plus d’un est que la décision a été rédigée par Neil Gorsuch, premier juge à être nommé par Donald Trump. 

Les conservateurs qui croyaient que tous juges nommés par Trump allaient pencher systématiquement en leur faveur en ont pris pour leur rhume.

Un obstacle au programme anti-immigration de Trump

Jeudi, la Cour rendait une autre décision controversée, par une majorité de 5 contre 4 écrite par le juge en chef John Roberts, qui annulait un décret présidentiel de Donald Trump visant à renverser le décret présidentiel de Barack Obama permettant à environ 650 000 jeunes immigrants irréguliers, surnommés «dreamers», de demeurer sur le territoire américain sous certaines conditions.

Le décret d’Obama, appelé «Deferred Action for Childhood Arrival» (DACA) permet à des personnes immigrées illégalement aux États-Unis alors qu'elles étaient mineures d’éviter la déportation et de voir leur statut régularisé temporairement si elles évitent les ennuis judiciaires. 

La règle décrétée par Obama exige un renouvellement tous les trois ans et l’administration Trump, répondant aux demandes de la base électorale anti-immigration du président, souhaitait mettre fin à ce programme et entamer le difficile processus de déportation des «dreamers».

En principe, un décret présidentiel devrait suffire à renverser un autre décret présidentiel et c’est pourquoi l’administration Trump a été étonnée de recevoir ce jugement de la Cour, rédigé par le juge en chef Roberts et cosigné par les quatre juges libéraux. 

Sans se prononcer sur le fond de la cause, la majorité a statué que le gouvernement avait agi de façon «arbitraire et capricieuse» en cherchant à terminer ce programme sans présenter de justifications suffisantes.

Le juge en chef se donne la peine de mentionner dans son jugement que certains arguments valables ont été présentés par l’administration après coup, mais il eût fallu que ces justifications fassent partie de l’action initiale. 

En d’autres termes, la Cour se contente de pelleter ce problème en avant en permettant au programme DACA de survivre jusqu’à la prochaine décision qui pourra y mettre fin si elle est mieux justifiée.

Trump joue à la victime

La réaction immédiate du président à ces décisions a été de jouer à la victime, réitérant son engagement à ancrer encore plus solidement la Cour suprême sur la droite pour s’assurer l’appui indéfectible de la droite religieuse et des paléoconservateurs xénophobes qui forment deux piliers de sa base partisane.

En pratique, la décision qui limite la possibilité de discrimination sur la base de l’orientation sexuelle est probablement avantageuse pour Trump. 

Comme on l’a observé dans le dossier du mariage entre personnes de même sexe, l’opinion publique a très largement basculé en faveur de la reconnaissance de ces droits au cours des dernières années et une décision dans l’autre sens de la Cour aurait été perçue négativement par une bonne partie de l’opinion publique qui pourrait pencher vers les démocrates pour éviter que la Cour devienne trop conservatrice sur ces enjeux. 

Pour Trump, la décision lui permet de continuer à se dire en accord avec la droite religieuse, mais elle l'empêche de prendre des décisions politiquement impopulaires en dehors de ce groupe.

Le cas de DACA est une autre patate chaude pour Trump. Les postures qu’il prend contre ces centaines de milliers de jeunes «dreamers» sont populaires auprès de sa base électorale. 

Par contre, comme la vaste majorité des «dreamers» sont bien intégrés à leurs communautés d’accueil, leur déportation est très impopulaire dans l’électorat en général, d’autant plus pour les dizaines de milliers d’entre eux qui sont parents d’enfants nés sur le territoire et possédant la citoyenneté américaine.

En pelletant ce problème vers l’avant, la Cour suprême permet donc à Trump de continuer à faire du bruit sur le sujet à l’intention de ses partisans, sans avoir à payer le prix politique d’une campagne de déportation qui serait fort mal accueillie par l’opinion publique en cette année électorale. 

Le président Trump n’a pas mis de temps à tirer parti de la situation, comme en fait foi ce tweet où il promet à ses partisans de continuer à se battre contre DACA mais concède que les actions concrètes (impopulaires) devront attendre après l’élection.

Des bonnes nouvelles déguisées en défaites

Somme toute, ces deux mauvaises nouvelles pour Trump en provenance de la Cour suprême cette semaine n’étaient pas si mauvaises que ça pour lui. 

Il est important de comprendre aussi que la Cour elle-même est consciente de sa place dans l’équilibre des pouvoirs à Washington et plutôt jalouse de ses prérogatives. 

Ce n’est pas la première fois ni la dernière qu’un président tente faire tourner cette opposition en sa faveur et Donald Trump n’y manquera pas.

Malgré tout, il n’a pas semblé pouvoir complètement évacuer l’impression générale de défaite et de faiblesse qui se dégage de l’épisode. 

Donald Trump aime à rappeler à ceux qui veulent l’entendre qu’on peut lui faire confiance pour réaliser ses promesses, mais comme il n’a pas tous les pouvoirs qu’il prétend avoir, ces deux cas peuvent facilement être mis en évidence par ses adversaires comme des signes de faiblesse et d’autres preuves qu’il fait des promesses en l’air sans pouvoir nécessairement les tenir.