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«L’exil vaut le voyage»: un troisième roman dessiné pour Dany Laferrière

Dany Laferrière
Photo courtoisie, Chrystel Dozias Dany Laferrière

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Dans son troisième roman dessiné, L’exil vaut le voyage, l’écrivain Dany Laferrière parle d’exil avec une grande justesse, le décrivant à travers sa propre expérience et celle de plusieurs auteurs célèbres qui l’ont aussi vécu. Entièrement écrit et dessiné à la main, ce nouveau livre où Montréal est à l’honneur entraîne les lecteurs dans l’imaginaire foisonnant de l’auteur, mais aussi dans ses réflexions toujours lucides et inspirantes sur l’exil, l’art et la vie.

<b><i>L’exil vaut le voyage</i></b><br/>
Dany Laferrière<br/>
Éditions du Boréal<br/>
408 pages
Photo courtoisie, Éditions du Boréal
L’exil vaut le voyage
Dany Laferrière
Éditions du Boréal
408 pages

Dany Laferrière parle de New York sous le regard de la photographe Annie Leibovitz et du peintre Edward Hopper, des écrivains Truman Capote et Salinger. Il flâne dans les rues de Buenos Aires avec Borges, parle de la lettre écrite par le général haïtien Toussaint Louverture à Bonaparte, en 1802.

Dany Laferrière
Photo courtoisie, Éditions du Boréal

L’exil vaut le voyage est le plus montréalais des romans dessinés par Dany Laferrière. Il raconte son arrivée dans la métropole, en 1976, et le choc culturel, social et climatique qu’il a vécu. Il évoque ses boulots pénibles et la chambre «crasseuse et lumineuse» où il s’est logé. Il parle de la rue Saint-Denis et du carré Saint-Louis. De l’hiver. De ses débuts dans l’écriture. De ses rencontres.

Ses rêveries

Dany Laferrière
Photo courtoisie, Éditions du Boréal

En entrevue par courriel, Dany Laferrière explique qu’il voulait mettre en forme ses rêveries, ses couleurs, ses livres, ses fantasmes. « Pour tout dire, j’avais ce livre en tête tel qu’il est aujourd’hui entre vos mains. Malgré tout, on est toujours étonné du résultat, et il arrive parfois qu’il dépasse nos espérances, comme aujourd’hui », écrit-il.

Dany Laferrière
Photo courtoisie, Éditions du Boréal

«Sur un plan plus personnel, je voulais mettre en couleurs Montréal, cette ville qui m’habite depuis toutes ces décennies. J’aurais pu faire tout le livre sur Montréal, mais je préfère éparpiller mes émotions plutôt que de les livrer en un seul mouvement. C’est ainsi que je travaille depuis le début de cette aventure de l’écriture, par fragments.»

Les formes d’exil

Dany Laferrière fait remarquer que l’exil peut prendre plusieurs formes, jusqu’à l’immobilité. «L’exil chez soi de l’écrivain cubain José Lezama Lima, qui n’a jamais quitté La Havane, ou l’exil intime de ma mère qui n’a pas bougé de son quartier. Mais je les compte comme exils parce qu’ils vivent tous une angoisse intérieure, un manque.»

«Même emprisonné dans son propre pays, j’ai toujours pensé que Mandela était un exilé de la vie quotidienne et de sa lutte politique. Donc, le fil conducteur, c’est ce trou béant dans l’ordinaire des jours. Tous ces gens-là vivent un manque angoissé. D’un autre côté, je suis impressionné par leur capacité de se réinventer. Ces gens-là déploient une folle énergie pour s’installer dans une nouvelle culture. C’est Nabokov qui a pénétré la culture américaine jusqu’à devenir un écrivain américain à la parution de Lolita

Montréal, sa ville

L’exil vaut le voyage est le plus montréalais de ses livres. Et c’est la ville où l’écrivain vit depuis plus de quarante ans. « C’est aussi là où sont nées mes filles (l’aînée est née à New York), c’est encore là où j’ai publié tous mes livres. Ici à Montréal, j’ai presque autant d’amis qu’à Port-au-Prince. Je n’arrive pas à prendre de distance avec cette ville puisqu’elle se superpose à ma vie. Je remarque que je suis ému quand je la dessine. »

L’écrivain observe qu’on vit « dans une alvéole de la vie » et que « la vie avant d’être une expérience est un état de fait ». Il ajoute que le fait d’être exilé ne donne pas un sentiment particulier pour vivre. « D’ailleurs, c’est pourquoi je conteste l’idée de ce lien étroit entre l’exil et la douleur. Les gens sont heureux et malheureux n’importe où et selon n’importe quelle situation. »


► En librairie

♦ Dany Laferrière a publié de nombreux romans qui lui ont valu des prix prestigieux, dont L’énigme du retour (prix Médicis, 2009).

♦ Son œuvre est traduite dans le monde entier et a été adaptée au cinéma.

♦ Elle lui a valu son élection au fauteuil numéro 2 de l’Académie française.

♦ Il est commandeur de la Légion d’honneur, commandeur des Arts et des Lettres, commandeur de l’ordre de la Pléiade, officier de l’ordre du Canada, officier de l’ordre national du Québec, compagnon de l’ordre des Arts et des Lettres du Québec et officier de l’ordre de Montréal.