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Qui ne dit mot consent

Legault Arruda McCann
Photo Agence QMI, Simon Clark Le premier ministre dit vouloir réduire et, idéalement, faire disparaître complètement le racisme au Québec dans tous les domaines.

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Systémique ou non, le débat sur le racisme ne se calme pas depuis l’assassinat de George Floyd. À Ottawa comme à la Ville de Montréal, on reconnaît la réalité du racisme systémique. À Québec, on refuse même d’en envisager l’existence.

Est-ce que les Québécois sont si différents de leurs voisins? Pourquoi est-ce que tant d’individus se sentent personnellement attaqués quand vient le temps de parler de racisme systémique, un problème beaucoup plus structurel qu’individuel?

Comment combattre un mal que l’on ne peut nommer?

François Legault refuse catégoriquement d’admettre qu’il y a du racisme systémique au Québec. Il reconnaît que certains Québécois sont racistes, mais il se débat comme un diable dans l’eau bénite quand on veut lui faire dire que le racisme mine aussi les organisations.

Évidemment, on comprend que le premier ministre ne veut pas que les Québécois se sentent attaqués par une telle affirmation de sa part. D’ailleurs, il compare le sort des francophones et des femmes du Québec à celui des victimes de racisme systémique, une analogie douteuse s’il en est une.

Mais est-ce que refuser de mettre les mots sur le bobo rend celui-ci moins douloureux? C’est ça, la question qu’il faut se poser.

Quand on lui demande sa définition du racisme systémique, le premier ministre répète qu’il existe plusieurs définitions sur lesquelles personne ne s’entend. Mais c’est tout le contraire. Quand on parle de racisme systémique, tout le monde comprend de quoi on parle.

Ce qu’on entend généralement par racisme systémique, c’est toute la culture intangible qui fait que les autochtones et les personnes issues de minorités visibles sont largement sous-représentées dans la fonction publique, qu’elles sont plus susceptibles d’être arrêtées par la police pour des raisons boiteuses, qu’elles sont surreprésentées en milieu carcéral, qu’elles ont moins de chances d’être appelées en entrevue pour des postes affichés, qu’elles ont plus difficilement accès à des logements décents et la liste continue.

26 000 preuves

Le racisme systémique devient une évidence chaque fois qu’on essaie de parler des problèmes de racisme au Québec sans vouloir employer le mot «systémique».

Le défi en devient un de sémantique: «il y a quelques racistes, mais la majorité n’est pas raciste», «il y a des problèmes avec la police, mais il n’y a pas de système en place», «c’est inacceptable qu’on n’atteigne pas les cibles de diversité dans la fonction publique...». Mais alors, comment expliquer tout ça, si ce n’est en admettant qu’il y a du racisme systémique?

Selon la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, il manque 26 307 employés membres des minorités visibles pour attendre la cible de 10,4% de représentativité dans les organismes québécois. Si cette seule statistique n’arrive pas à vous convaincre qu’on a un problème, rien ne le fera.

Pourtant, ce devrait être une bonne chose de parler de racisme systémique. Dire que c’est la machine qui est malade, que c’est ancré dans les façons de faire, dans les habitudes, dans le subconscient, c’est tellement plus facile que d’envisager que le raciste, c’est peut-être chacun d’entre nous.

Si on faisait un sondage demain matin et qu’on vous demandait si vous êtes raciste, répondriez-vous vraiment que vous l’êtes probablement un peu? Non, évidemment.

C’est uniquement quand on regarde le problème en face qu’on peut commencer à se questionner individuellement sur nos propres préjugés et c’est là que toute la solution se trouve.

Admettre qu’il existe des biais, des réflexes, des préjugés, des jugements de valeur et des mécanismes inconscients qui contribuent à la discrimination des personnes racisées, des autochtones, des minorités, ça devrait être une bonne chose, pas une insulte.

Admettre tout ça, ça nous permettrait de commencer à changer. En attendant, on fait comme si de rien n’était parce qu’on n’en a pas, «nous», de problème...

Mais attention, qui ne dit mot consent. Dans la situation actuelle, taire le problème, c’est le laisser perdurer.