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Une victime de vol de données dénonce une «maison des fous»

Elle affirme avoir vécu depuis un an un véritable enfer dû aux démarches pour se faire rembourser

Carine Barbeau  - Victime Vol Desjardins
Photo Francis Halin Carine Barbeau, une jeune retraitée de Terrebonne, montre la lettre de l’assureur d’Equifax, Assurant, qui lui offre 500 $ « en signe de reconnaissance de la confusion que le processus de soumission de documents a causée ».

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Comme des milliers de victimes de vol d’identité, une mère seule au foyer dénonce la « maison des fous » dans laquelle elle se trouve depuis un an pour se faire rembourser ses frais de 5500 $.

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« C’est la maison des fous. Je suis encore dans des démarches pour faire rembourser mes frais un an après. Vivre ça au quotidien, surveiller toujours ses arrières, c’est brûlant émotivement et psychologiquement », a confié Carine Barbeau, de Terrebonne, victime d’un vol d’identité.

En avril 2019, deux mois avant que Desjardins n’annonce que les données de 2,9 millions de membres avaient été volées, Mme Barbeau s’est aperçue que ses questions de sécurité et son mot de passe avaient été changés sur Accès D.

Descente aux enfers

Même si rien ne prouve hors de tout doute que l’incident soit lié au vol de données de Desjardins, Carine Barbeau soupçonne que son calvaire vient de la fuite, qui a exposé les données de 6,2 millions de personnes, et non d’une quelconque « tentative d’hameçonnage ».

Demandes de prêt à la Banque Scotia, de carte de crédit Capital One, comptes cellulaires trafiqués... Mme Barbeau affirme avoir porté plainte à la police dès le début et fermé tous ses comptes pour éviter le pire.

Malgré ses démarches, elle n’a pas réussi à convaincre Desjardins qu’elle avait bel et bien été victime d’un vol de données, et n’a pas eu droit à sa protection. 

Elle s’est donc tournée vers un avocat pour l’aider à mettre la main sur ses dossiers de crédit Equifax, TransUnion pour faire enlever ses demandes frauduleuses.

Laissés à eux-mêmes

Au bout du rouleau, elle a porté plainte à l’Autorité des marchés financiers (AMF) en février dernier pour que l’assureur d’Equifax lui rembourse ses frais de 5500 dollars d’avocats, d’experts informatiques et d’annulation de contrats de cellulaires.

Mais un an plus tard, Carine Barbeau attend toujours ses formulaires de réclamation en français. Ses frais n’ont pas été remboursés... même le chèque de 500 dollars que lui a promis l’assureur d’Equifax, Assurant, « en signe de reconnaissance de la confusion » de son dossier se fait attendre.

« Le PDG de Desjardins devrait sortir de son monde de bulles et de licornes », a laissé tomber la mère monoparentale, épuisée par l’année éprouvante qu’elle vient de vivre.

Pour l’expert en sécurité de l’information Steve Waterhouse, le cas de Carine Barbeau est loin d’être isolé. 

« La situation de Mme Barbeau démontre le nuage gris que vivent des milliers de Québécois victimes de vol d’identité : ils sont laissés à eux-mêmes à cause du vide juridique », a-t-il analysé.

Au Centre antifraude du Canada, on dit avoir reçu plus de 1093 signalements concernant des vols de données liés à Desjardins l’an dernier, dont 951, ou 87 %, de résidents du Québec et 337 liés à Equifax, dont 266, ou 79 %, de la province.

Cinq milliards

Pour ce qui est de la demande de recours collectif contre le Mouvement Desjardins pour la fuite de données, les bureaux d’avocats Kugler Kandestin et Siskinds Desmeules ont déposé en Cour supérieure une demande d’autorisation d’action collective modifiée en début d’année pour inclure les nouvelles données publiées par l’institution financière à la fin 2019.

Le tribunal a autorisé cette modification en avril dernier. Les réclamations pourraient dépasser les cinq milliards $.

L’action collective demande notamment que Desjardins paie aux membres du groupe des dommages compensatoires, « dont la somme demeure à être déterminée », des dommages moraux de 1000 $ par personne ainsi que des dommages punitifs de 100 $ à chaque individu.

Aucune date n’a encore été fixée concernant la requête en autorisation pour l’action collective.

Joints par Le Journal, ni Desjardins ni l’Autorité des marchés financiers (AMF) n’ont voulu commenter de dossier particulier. Quant à nos demandes à Equifax et Assurant, elles sont restées lettre morte.


Un an après le plus gros vol de données confidentielles de l’histoire, le ministère public n’arrive pas à prouver que les financiers de Québec soupçonnés d’avoir racheté les données savaient que celles-ci avaient été volées, comme l’a révélé Le Journal hier.