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Caméras corporelles adoptées par les policiers de Kuujjuaq

Les agents n’y voient que des avantages depuis leur arrivée il y a cinq mois

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Ramené au cœur de l’actualité après le meurtre de George Floyd aux États-Unis, le port de caméras corporelles par les policiers est déjà implanté dans le Nord-du-Québec, où des patrouilleurs ne s’en passeraient plus.

L’agent Paul Nezan (à droite) porte une caméra corporelle depuis bientôt deux mois. Il est d’avis qu’elle améliore grandement la sécurité de tous.
Photos courtoisie, police de Kativik
L’agent Paul Nezan (à droite) porte une caméra corporelle depuis bientôt deux mois. Il est d’avis qu’elle améliore grandement la sécurité de tous.

« Il n’y a pas un policier ici qui n’est pas content d’avoir ça sur lui », lance d’emblée le capitaine Maxime Mercier, qui œuvre pour la police de Kativik depuis six ans.

Les premières caméras ont été distribuées aux patrouilleurs de Kuujjuaq, le plus gros village de leur territoire, en janvier. Bientôt, les agents qui travaillent dans les 13 autres villages nordiques seront aussi munis de caméras corporelles.

Historiquement, la relation entre les autochtones et les policiers dans le Grand-Nord a toujours été tendue et difficile.

L’arrivée de ces caméras est accueillie positivement tant par les patrouilleurs qui la portent que par les habitants, selon le capitaine Mercier, car elles permettent d’emblée d’apaiser les tensions.

« C’est vraiment quelque chose qui est bon pour les deux côtés, explique-t-il. Autant ça peut aider un policier dans une éventuelle cause en cour, en déontologie ou avec le Bureau des enquêtes indépendantes, par exemple, autant ça met l’habitant en confiance de savoir que l’intervention du policier sera filmée et possiblement vue par ses supérieurs. »

L’appareil fixé à la veste pare-balle des patrouilleurs doit être activé manuellement par le policier.
Photos courtoisie, police de Kativik
L’appareil fixé à la veste pare-balle des patrouilleurs doit être activé manuellement par le policier.

Deux côtés de la médaille

À titre d’exemple, une vidéo a été publiée récemment sur Facebook pour dénoncer une présumée arrestation musclée. Celle-ci a été filmée partiellement par le suspect.

Sur les images, on aperçoit l’individu se faire expulser d’un établissement par les policiers. Le patrouilleur lui demande d’éloigner la caméra de son visage, puis le maîtrise afin de le menotter et l’arrêter.

« À première vue, ça fait peur et ça semble brutal et rapide, mais l’intervention a duré 30 minutes et les images montrent la dernière minute. Heureusement, toute la scène a été filmée par la caméra du policier et les images ont été remises au procureur. »

Comme le projet pilote est encore récent, il est encore trop tôt pour tirer un constat de l’efficacité de ces vidéos sur les causes devant le tribunal.

Illustration de la violence

Un patrouilleur d’expérience qui porte une caméra depuis près de deux mois est d’avis que celle-ci sera particulièrement utile dans les cas de violence conjugale.

« Moi je vois ça comme un support visuel de mon témoignage, raconte l’agent Paul Nezan. Lors d’une intervention où une femme vient d’être violentée, par exemple, c’est difficile parfois de trouver les mots pour expliquer au juge à quel point la victime était sous le choc et traumatisée. C’est une chose de dire au juge que la femme était couverte de sang, mais c’en est une autre de le voir. »

Si les policiers de Kuujjuaq ont la chance de travailler principalement en équipe, c’est loin d’être le cas dans la majorité des autres villages, où les agents patrouillent seuls.

« Je vois ça un peu comme un partenaire silencieux, mais tellement important », ajoute le policier de 33 ans. 

Ailleurs au Québec    

  • La Sûreté du Québec a acheté plus de 150 caméras et leur implantation devrait se faire de façon imminente.  
  • À Montréal, après un projet pilote d’un an et demi, le SPVM a remis un rapport à la Ville, en janvier 2019. Aucune décision n’a été prise depuis. Au début du mois, des arrondissements ont réclamé le port de caméras par les policiers ; la mairesse Valérie Plante s’est dite ouverte à l’initiative.