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De l’échec à la réussite en étudiant à distance

Une école de Québec pour raccrocheurs réussit même à garder près de 80% de ses élèves en apprentissage

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Avec le passage forcé à l’enseignement à distance depuis la mi-mars, plusieurs élèves du secondaire ont tourné le dos à l’école, par manque de motivation ou à cause d’un emploi trop prenant. Mais des jeunes qui étaient en échec à la mi-mars ont aussi fait le contraire. Ils se sont retroussé les manches et ont réussi à passer leur matière, malgré les défis en cette fin d’année tout à fait exceptionnelle. Le Journal vous en présente quelques-uns.

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« Je n’ai jamais eu l’intention de lâcher » 

Adrien Turgeon, un élève de 16 ans de l’école Boudreau (au centre sur la photo), a poursuivi ses études à distance pendant la pandémie. On le voit ici accompagné de la conseillère en orientation Fanny DesChênes et de la directrice, Josée Tremblay.
Photo Stevens leblanc
Adrien Turgeon, un élève de 16 ans de l’école Boudreau (au centre sur la photo), a poursuivi ses études à distance pendant la pandémie. On le voit ici accompagné de la conseillère en orientation Fanny DesChênes et de la directrice, Josée Tremblay.

L’école Boudreau, qui accueille une majorité de raccrocheurs, a réussi tout un tour de force pendant la pandémie : près de 80 % de ses élèves ont poursuivi leur formation à distance, malgré leurs difficultés et un parcours scolaire semé d’embûches.

C’est notamment le cas d’Adrien Turgeon, 16 ans, qui fréquente un programme pour les jeunes considérés à haut risque de décrochage.

Le jeune homme est arrivé à l’école Boudreau en janvier, après plusieurs thérapies pour une dépendance aux jeux vidéo et des aller-retour en centre jeunesse. 

Malgré les défis, il a poursuivi ses études à distance, gardant un lien étroit et précieux avec son enseignant de français. 

« Je n’ai jamais eu l’intention de lâcher », dit-il.

Adrien fréquente maintenant le camp pédagogique depuis le début juin et il est plus motivé que jamais. 

« J’étais content de revenir à l’école. Ça me change les idées et je suis plus concentré pour travailler », ajoute celui qui rêve de devenir programmeur et de fonder une entreprise en robotique.

Pas plus d’abandons

À l’école Boudreau, souvent considérée comme l’école de la deuxième chance, 70 % des élèves ont un plan d’intervention. La majorité est âgée de 16 ans et plus. Plusieurs élèves sont des raccrocheurs qui ont eu un parcours scolaire difficile.

Or, malgré les défis des derniers mois, la pandémie et la fermeture de l’établissement n’ont eu aucun impact sur le taux d’abandon, se réjouit la conseillère en orientation Fanny DesChênes. 

« Nous sommes enchantés de l’implication à distance des élèves et de l’investissement colossal des enseignants », affirme-t-elle.

Plusieurs enseignants ont fait des pieds et des mains pour rejoindre les élèves et les convaincre de poursuivre l’enseignement à distance, souligne-t-elle.

« Ç’a été un bon défi de repartir l’année scolaire à distance, mais à partir du moment où le message a été beaucoup plus clair que l’année n’était pas terminée, la plupart des élèves se sont mis à l’ouvrage », ajoute la directrice, Josée Tremblay.

Inscription en hausse

Un processus de réinscription en ligne pour l’automne 2020 a aussi rapidement été mis sur pied, afin d’« attacher le plus possible l’élève à son projet scolaire », explique Mme DesChênes. 

L’initiative donne des résultats : l’école Boudreau connaît une hausse de 25 % de ses inscriptions pour l’automne, qui se poursuivent jusqu’à la rentrée.

Un diplôme obtenu malgré un emploi à temps plein 

Jairo Andres Meza Pallares a réussi à obtenir son diplôme tout en travaillant à temps plein dans un restaurant.
Photo Stevens LeBlanc
Jairo Andres Meza Pallares a réussi à obtenir son diplôme tout en travaillant à temps plein dans un restaurant.

Travaillant plus de 40 heures par semaine, Jairo Andres Meza Pallares a tout de même réussi à obtenir son diplôme de cinquième secondaire, suivant ses cours de français et d’anglais quand il le pouvait, le soir, la nuit, et même pendant les pauses au boulot. 

Employé dans un restaurant qui fait des commandes pour emporter, Jairo a vu son horaire de travail augmenter avec la pandémie. Le jeune homme de 20 ans est passé de 20 heures à 40 heures par semaine, et même souvent plus, raconte-t-il.

Inscrit à l’école Boudreau, un établissement situé à Québec qui accueille principalement des raccrocheurs, Jairo a d’abord délaissé ses études pendant les premières semaines du confinement.

Mais ses enseignants de français et d’anglais ne le lâchent pas d’une semelle. Après plusieurs appels et courriels, Jairo comprend que l’obtention de son diplôme d’études secondaires est en péril. 

Contrairement aux élèves du régulier au secondaire, l’école Boudreau fonctionne par session. Jairo a commencé des cours de français et d’anglais de cinquième secondaire en janvier et il doit les compléter pour obtenir son diplôme comme prévu.

« Quand j’ai compris qu’il fallait que je continue, j’ai vraiment voulu le faire. C’était compliqué à cause de mon travail, mais je voulais vraiment passer », explique-t-il. 

Jairo réussira quand même à terminer ses deux cours à distance. Il a même fait un exposé oral avec son prof alors qu’il était au boulot, entre deux clients, raconte-t-il.

Jairo est maintenant assuré d’avoir son diplôme de cinquième secondaire, qu’il tenait à obtenir à tout prix. Il poursuivra ses études cet automne dans une formation professionnelle en plomberie-chauffage.

« J’aurais pu lâcher l’école et faire quand même mon DEP. Mais c’était mon objectif personnel. Je suis vraiment content », lance-t-il, un grand sourire aux lèvres.

​Un prof de math ultra-disponible pour un élève plus concentré 

Elliot Simard avait comme bête noire les mathématiques. L’ado de 17 ans a finalement réussi son cours et obtenu son diplôme d’étude secondaire.
Photo Jean-François Desgagnés
Elliot Simard avait comme bête noire les mathématiques. L’ado de 17 ans a finalement réussi son cours et obtenu son diplôme d’étude secondaire.

Un prof de math ultra-disponible, une meilleure capacité de concentration à la maison et de la détermination : voilà les ingrédients qui ont permis à Elliot Simard, 17 ans, de réussir son cours de mathématique et d’obtenir son diplôme d’études secondaires.

Les mathématiques ont toujours été la bête noire d’Elliot. À la mi-mars, lorsque la fermeture des écoles est décrétée à cause de la pandémie, c’est la seule matière dans laquelle il est en échec. Or, Elliot doit à tout prix réussir pour obtenir son diplôme de cinquième secondaire.

« J’avais une petite inquiétude, mais je me disais que j’allais me reprendre à la troisième étape », lance-t-il. Elliot s’est repris, en effet. Mais pas dans les circonstances qu’il avait imaginées. 

Au début avril, le jeune homme se remet à la tâche. Rapidement, il s’aperçoit qu’il a beaucoup plus de facilité à se concentrer, seul dans sa chambre, qu’en classe avec une trentaine d’élèves autour de lui.

« Ça allait super bien à la maison. Travailler tout seul, pour moi, ça marche mieux. Le fait d’être dans sa bulle, moi personnellement, je préfère ça à être en classe », dit Elliot.

Et surtout, son prof de math, Gabriel Bouchard, est « super disponible ». « On pouvait l’appeler lorsqu’on ne comprenait pas quelque chose ou lui écrire, il répondait vraiment vite. Il pouvait même passer jusqu’à une heure avec nous pour nous expliquer », raconte le jeune homme.

« À l’école normale, on n’aurait pas pu faire ça. Même en récupération, il y a beaucoup d’élèves et on a parfois de la difficulté à poser des questions », ajoute Elliot.

« Sur tous les élèves qui étaient en échec en mathématique à la mi-mars, on a pu en réchapper à peu près 50 % », se réjouit Gabriel Bouchard.

Se débarrasser de l’anxiété pour mieux réussir en histoire 

Maïka Rodrigue a réussi à rattraper son retard en histoire alors que les écoles étaient fermées.
Photo Stevens LeBlanc
Maïka Rodrigue a réussi à rattraper son retard en histoire alors que les écoles étaient fermées.

En redoublant d’efforts et en se débarrassant de son anxiété, Maïka Rodrigue a réussi une remontée « exceptionnelle » en histoire, alors que cette élève de quatrième secondaire était loin d’obtenir la note de passage à la mi-mars.

Maïka l’avoue d’entrée de jeu : avec une note de 48 % au dernier bulletin, elle avait « beaucoup de difficultés » en histoire. La jeune fille avait beau étudier des heures la veille d’un examen, elle manquait souvent de temps pour le terminer ou oubliait de grands pans de la matière, sous l’effet du stress.

Lorsque les écoles ont fermé, Maïka a décidé de se replonger dans ses manuels d’histoire et de profiter des nombreuses heures qu’elle avait devant elle pour rattraper son retard. Il s’agissait de la seule matière dans laquelle elle était en échec, elle a donc choisi de concentrer ses efforts sur la réussite de ce cours.

Après une discussion avec ses parents, elle adopte une nouvelle routine et consacre ses avant-midi à réviser la matière, tout en réalisant les travaux scolaires facultatifs que lui fait parvenir son prof d’histoire, François Arbour, qui enseigne à l’école secondaire Les Etchemins à Lévis. « Je voulais me rattraper, j’ai tout fait ce qu’il y avait à faire », lance-t-elle.

Toute seule à la maison, sans horaire réglé au quart de tour, il devient plus facile pour la jeune fille de saisir les enjeux entourant la Seconde Guerre mondiale ou les causes de la Révolution tranquille.

« Ç’a fait une grosse différence. J’étais beaucoup moins stressée, je pouvais prendre le temps que je voulais pour faire les examens et les travaux à la maison. Je me sentais moins dans le rush », affirme Maïka.

Son enseignant qualifie son parcours « d’exceptionnel ».

La remontée « spectaculaire » d’une Québécoise d’adoption  

Sara Juanita Prieto Pena, une jeune Colombienne arrivée au Québec il y a un an et demi, a fait une remontée spectaculaire en français.
Photo Stevens LeBlanc
Sara Juanita Prieto Pena, une jeune Colombienne arrivée au Québec il y a un an et demi, a fait une remontée spectaculaire en français.

Arrivée au Québec il y a un an et demi à peine, Sara Juanita Prieto Pena a fait une remontée « spectaculaire » en français lors des dernières semaines, ce qui lui a permis de réussir son cours de troisième secondaire.

« J’ai des élèves francophones qui réussissent moins bien qu’elle en classe, c’est vraiment exceptionnel comme parcours », affirme son enseignante, Marie-Anne Desmarais-Perron.

À la mi-mars, Sara avait 49 % au sommaire en français régulier de troisième secondaire, ce qui démontrait déjà une rapide progression pour cette jeune fille d’origine colombienne qui ne parlait pas un mot de français à son arrivée au Québec. Sara était sur une bonne lancée, étant passée de 42 % à 60 % entre la première et la deuxième étape.

En confinement, la jeune fille a réalisé absolument tous les travaux que son enseignante lui avait envoyés, y compris les exercices facultatifs, sans aucune aide supplémentaire à la maison.

« Je me suis organisée moi-même, raconte-t-elle. C’est moi qui faisais mon horaire, qui décidais chaque jour de ce que j’allais faire pour l’école. » Sara a passé les dernières semaines à travailler à temps plein dans ses livres, souvent jusqu’à 19 h chaque jour de la semaine.

Elle a fait tous les travaux requis dans les autres matières aussi. « Mais le plus difficile, pour moi, c’est vraiment le français. Je me suis beaucoup améliorée », lance-t-elle fièrement.

Son enseignante salue de son côté sa détermination à bien maîtriser les notions de grammaire ou les composantes du texte explicatif. « Elle a vraiment travaillé fort », lance Mme Desmarais-Perron.