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La victoire de la persévérance

Il y a cinq ans, David Lemieux devenait champion du monde

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Photo d'archives, Agence QMI David Lemieux a envoyé Hassan N’Dam quatre fois au tapis, le 20 juin 2015.

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Tous les boxeurs mentionnent qu’ils veulent devenir champions du monde un jour. Ils ont tous le même objectif en tête, mais bien peu arrivent à l’atteindre. David Lemieux, lui, a réussi à se hisser au sommet de son sport le 20 juin 2015.

Après deux dures défaites contre Marc Antonio Rubio et Joachim Alcine en 2011, Lemieux a fait le ménage au sein de son équipe. C’est alors qu’il a décidé de faire confiance à Marc Ramsay comme entraîneur et à Camille Estephan comme gérant pour relancer sa carrière. À ce moment-là, plusieurs amateurs avaient jeté l’éponge avec lui.

Après une victoire écrasante contre Fernando Guerrero en 2014 sur une carte de GYM à Montréal, Lemieux provoque une onde de choc aux États-Unis alors qu’il démolit Gabriel Rosado. Il met la main sur le titre NABF des poids moyens et se place dans une position avantageuse au classement de l’IBF. 

L’organisme de sanction dépouille Jermain Taylor de son titre en février parce qu’il n’est pas en mesure d’effectuer sa défense obligatoire. Elle décide d’organiser un combat de championnat pour la couronne vacante. 

Lemieux et Hassan N’Dam acceptent la proposition de l’IBF.

Par la suite, Golden Boy Promotions et Eye of the Tiger Management remportent facilement l’appel d’offres avec une enveloppe de 102 000 $, la seule déposée sur la table.

« C’est Eric Gomez, de Golden Boy, qui s’était chargé de cette mission, raconte Camille Estephan. On s’était présenté avec deux enveloppes et des montants différents.

« Lorsqu’Eric a vu qu’il était seul, il a déposé celle qui avait le plus petit montant à l’intérieur. Par la suite, on a pris les arrangements avec le réseau de télévision HBO pour tenir le combat à Montréal. »

Le promoteur de N’Dam, Michael King, avait laissé tomber son poulain lors de l’appel d’offres. Deux semaines plus tard, la date du 20 juin est arrêtée pour la tenue du combat. 

Ces événements se produisent alors que l’ancien promoteur de Lemieux, Yvon Michel, dépose une poursuite de 1,3 million $ contre son ancien pugiliste et plusieurs parties impliquées. Le tout s’est réglé avec une entente à huis clos quelques mois plus tard. 

Timing parfait

Durant son camp d’entraînement, Lemieux respire la confiance. 

« On était sur une bonne lancée à ce moment-là, explique Marc Ramsay. Chaque fois que la télévision nous imposait des adversaires, David passait le test haut la main. 

« Le timing de ce combat contre N’Dam était parfait. David arrivait à pleine maturité sur le plan physique, mais aussi dans ses performances. »

En N’Dam, le cogneur affrontait un adversaire coriace doté d’un excellent jeu de jambes.  

« Je le connaissais bien parce qu’il était dans la même catégorie que Jean Pascal aux Jeux olympiques. Je savais que David allait devoir couper le ring afin de l’attraper », souligne Ramsay. 

« Durant le camp, on avait rappelé à David de ne pas s’exciter trop s’il l’envoyait au tapis. On savait que N’Dam pouvait se relever plusieurs fois. »

Controverse à la pesée

Dans les semaines avant l’affrontement, Lemieux et N’Dam s’échangent des messages sur les réseaux sociaux. Le Français mentionne notamment que le Québécois ne mérite pas sa place dans ce duel. 

En raison de l’absence de N’Dam, la conférence de presse a été sans histoire. Par contre, ce fut une autre affaire lors de la pesée officielle. 

N’Dam présente un poids de 158,6 lb. Lemieux a dû cependant monter sur la pesée à deux reprises en raison des récriminations de l’entraîneur du Français, Mustapha Ouicher. 

Lemieux inscrit finalement un poids de 160 lb sous les yeux des superviseurs. On a un combat ! Toutefois, le promoteur Camille Estephan n’était pas au bout de ses peines. 


Nette domination

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Photo d'archives, Agence QMI

Promoteurs: Camille Estephan (Eye of the Tiger Management) et Oscar De La Hoya (Golden Boy Promotions)  

Superviseur IBF: Darryl Peoples   

Superviseur Régie: Michel Hamelin  

Arbitre: Marlon B. Wright  

Cartes des pointages du duel

Juges 

  • Vincent Dupas : 115-109 Lemieux 
  • Ron McNair : 115-110 Lemieux 
  • Benoit Roussel : 115-109 Lemieux  

► Victoire de Lemieux par décision unanime

La cerise sur le gâteau 

Le duel de Championnat du monde entre David Lemieux et Hassan N’Dam aurait pu ne jamais avoir lieu. 

L’entraîneur de N’Dam, Mustapha Ouicher, s’était pointé au domicile du Canadien vers 18 h pour inspecter les lieux. Il avait constaté que le ring, qui était installé pour le gala, est le plus petit disponible (16 pieds x 16 pieds). Un avantage marqué pour Lemieux en raison des nombreux déplacements de N’Dam. 

Ouicher avait pété les plombs. Il avait menacé le promoteur Camille Estephan : son boxeur n’allait pas se battre. Le responsable de la Régie des alcools, des courses et des jeux, Michel Hamelin, s’en était mêlé. 

Au bout de plusieurs minutes de discussions, le Français avait fini par entendre raison et le Championnat du monde a pu avoir lieu comme prévu. 

Comme un animal

Les gradins du Centre Bell sont bien remplis et il y a beaucoup de fébrilité dans l’air. Dès la première cloche, Lemieux se met en marche et dicte le rythme. Il a le couteau entre les dents. 

« C’était la cerise sur le gâteau et je savais que j’avais tous les outils pour réussir, explique Lemieux. N’Dam était un bon technicien qui aimait bien se déplacer.

« Lorsque le combat a commencé, j’avais le même état d’esprit que d’habitude. Celui d’un animal. Tout ce qui comptait, c’était la victoire. »

Pour avoir du succès contre N’Dam, il devait limiter les déplacements de son adversaire afin de pouvoir placer ses coups de puissance. Une stratégie qu’il a pu mettre en place dès les
premières minutes d’action. 

Lemieux envoie N’Dam au tapis au deuxième, au cinquième (deux fois) et au septième rounds. À chaque occasion, le Français d’origine camerounaise trouve une façon de se relever et de finir le round sur ses deux jambes. 

« Je savais que ça pouvait arriver, souligne Lemieux. Chaque fois qu’il se relevait, j’étais un peu surpris parce que je l’avais accroché avec des gros coups de puissance avec mes jointures. 

« À un moment donné, je me suis dit qu’il était à moitié zombie moitié humain. Ça me prouvait qu’il était en forme. J’avais eu beaucoup de respect pour son courage et sa détermination.»

Fête bien méritée

Contre toute attente, l’affrontement se rend à la limite. Lemieux l’emporte par décision unanime pour être sacré champion du monde devant ses partisans. 

Comment Lemieux a-t-il fêté cette conquête ?

« On a eu une fête organisée dans un club de la rue Crescent. Tous mes proches et mes amis étaient sur place. On a pu célébrer en équipe cette belle victoire. 

« Camille Estephan était la personne la plus importante à mes yeux lors de cette soirée. Il avait cru en moi après mes deux défaites. Je suis très chanceux de l’avoir eu à mes côtés. » 

Le pari Golovkin 

David Lemieux a été malmené par Gennady Golovkin, le 17 octobre 2015.
Photo d'archives, AFP
David Lemieux a été malmené par Gennady Golovkin, le 17 octobre 2015.

Les choses se sont bousculées pour David Lemieux après la conquête de son titre mondial.

Il avait deux options sur la table défendre son titre contre son aspirant obligatoire Tureano Johnson ou tenter sa chance dans un combat d’unification contre le dangereux Gennady Golovkin. 

Après une rencontre, Camille Estephan et Marc Ramsay ont décidé d’aller dans la direction de Golovkin. 

« J’ai déjeuné avec Marc Ramsay pour discuter des deux offres avec lui, se souvient Estephan. Le promoteur de GGG, Tom Loeffler, nous avait approchés, mais on n’était pas trop chaud à cette idée. 

« Marc m’a dit qu’on avait des chances de gagner contre Johnson, mais que ça serait très difficile. Je ne savais pas si David était prêt pour GGG. Je voulais peut-être faire quelques défenses avant ce défi.»

Duel risqué et payant

L’entraîneur fait comprendre à l’homme d’affaires que le niveau de risque était le même entre Johnson et Golovkin. Finalement, Lemieux signe les papiers pour affronter la vedette kazakhe à sa première défense de titre mondial le 17 octobre 2015. 

Même s’il défend chèrement sa peau, le Québécois s’incline par knock-out technique au huitième assaut. Après le combat, Lemieux, Ramsay et Estephan ont essuyé plusieurs critiques. Plusieurs observateurs avaient indiqué que le cogneur aurait dû faire quelques défenses avant de s’attaquer à GGG

Cinq ans plus tard, est-ce que Ramsay a des regrets quant à cette décision ? 

« On devait prendre le combat pour David, explique-t-il. On n’avait pas le choix. C’était la chose à faire. 

« Lorsque le train passe, il faut que tu montes dedans parce qu’il est possible qu’il ne repasse pas. Pour empocher le même montant que le combat de GGG, il aurait fallu faire dix défenses de titre. 

« Puis, il y a la motivation du boxeur, qui veut savoir jusqu’où il peut aller. »

Avenir assuré

Estephan confirme la version de Ramsay. 

« Au niveau du montant garanti, c’était un dixième de celui pour affronter Golovkin. De plus, David touchait une part intéressante de tous les revenus comme la vente de programmes à la télévision payante et des billets au Madison Square Garden. »

Si on lit entre les lignes, Lemieux aurait touché 1,75 M$ comme bourse pour affronter Golovkin. Il faut ajouter plusieurs centaines de milliers de dollars pour sa cote sur les revenus. 

« Au bout du compte, on parle de quelques millions, mentionne Estephan sans donner de chiffre précis. La décision s’est prise d’elle-même et on a pu assurer l’avenir financier de David. »