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Businessmen et jobbers: dehors de la police!

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On apprend qu’un sergent du SPVM est propriétaire d’une entreprise de vente d’équipements militaires et policiers. Depuis 2017, la loi sur la police interdit aux cadres d’avoir un second emploi: un dirigeant de la SQ agent immobilier était chez son notaire pour régler des affaires alors qu’il aurait dû être en train de gérer les importantes répercussions d’une tempête de neige.

Être cadre ou même un simple agent d’un service de police est un job à plein temps, il me semble. Policiers-entrepreneurs, policiers-jobbers, comment peut-on justifier ça? Les policiers, au Québec, sont-ils si mal rémunérés qu’ils doivent, pour nourrir leurs enfants, quémander un second emploi ou s’ouvrir une binerie? Agents et officiers sont-ils contraints de se lancer en affaires pour éviter l’indigence ? Je ne le pense pas.

Combien d’heures par semaine un policier-entrepreneur consacre-t-il à ses fonctions de PDG? À son travail de policier? Quand des problèmes urgents se posent dans son entreprise, est-ce qu’on le joint par cellulaire sur une scène de prise d’otages ou d’émeute pour qu’il prenne une décision? Va-t-il faire des affaires (ou refuser d’en faire) avec des entreprises liées au crime organisé? Des journalistes malveillants insinuent qu’il y en a un certain nombre dans l’industrie de la construction. Notre policier-entrepreneur va-t-il utiliser les ressources de la police pour vérifier les antécédents de ses clients, de ses employés, de ses concurrents? Son entreprise va-t-elle jouir d’une protection particulière? Que de telles questions viennent naturellement à l’esprit montre à quel point la situation est malsaine.

Et le prestige qui découle de faire partie de la police donne au policier-businessman un avantage sur ses concurrents auprès des clients. Ils vont supposer, même si cela n’est jamais évoqué, que le policier-entrepreneur est plus honnête, qu’il respecte plus l’éthique que ses concurrents, qu’il a les relations nécessaires pour faire avancer les choses ou pour empêcher qu’elles déraillent. Et s’il fait des affaires avec d’autres services de police, ne va-t-il pas être privilégié par rapport aux autres soumissionnaires. «Un chum c’t’un chum» ça existe encore plus dans la police qu’ailleurs. Et ça ne s’applique pas seulement aux flics qui dirigent des entreprises. Toute activité lucrative d’un policier à l’extérieur de son service soulève des problèmes. L’employeur engage-t-il le policier parce qu’il pense que ça peut lui être utile? Utilise-t-il l’appartenance de son employé à la police comme certificat de probité auprès des clients et fournisseurs ou, au contraire, comme moyen d’intimidation, en cas de conflit?

Le problème ne se limite pas au SPVM. Combien de policiers au Québec ont un second emploi ou une carrière d’entrepreneur? Le ministre de la Sécurité publique et les chefs des différents corps de police doivent nous dire combien d’entre eux ont des activités lucratives parallèlement à leur fonction de gardien de la paix. Les noms de tout ce beau monde devraient être déclarés à la Commission de déontologie policière et accessibles au public

Une carrière dans la police n’est pas compatible avec l’exercice d’un autre emploi. Tu es entreprenant, tu veux te lancer en affaires, tu crois avoir trouvé la façon de devenir millionnaire? Bravo! Il en faut des gars ou des filles comme toi. Démissionne de la police et lance-toi en affaires.

Ce qui est en cause, c’est l’image d’impartialité de la police. Elle est aussi importante que celle de la magistrature. On ne laisserait pas des juges exercer un job en parallèle ou lancer une entreprise. On n’entre pas dans la police comme on entre dans une ligue de garage. Si des policiers s’ennuient quand ils ne travaillent pas, j’ai une suggestion pour eux, conforme à leur devoir de service public: qu’ils fassent du bénévolat. Tiens, dans les CHSLD par exemple.