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Des jeunes d’ici choisissent les champs plutôt que l’aide du fédéral

Ils étaient tannés de tourner en rond à la maison pendant la pandémie de COVID-19

GEN -APERGES PRIMERA
Photo Martin Alarie Angélique Toupin et Marc-Olivier Rondeau, tous deux âgés de 19 ans, utilisent les récolteuses d’asperges.

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Deux jeunes Québécois ont décidé de prêter main-forte aux agriculteurs en pénurie de main-d’œuvre étrangère cet été au lieu de se croiser les bras en bénéficiant de l’aide financière du fédéral.

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Pour Justin Lalande et Angélique Toupin, pas question de passer l’été assis à ne rien faire. Depuis un mois, ils ont choisi d’aller récolter des asperges à la ferme Primera, dans Lanaudière, plutôt que de toucher la Prestation canadienne d’urgence pour les étudiants (PCUE).

« J’étais tanné d’être chez moi et je voulais sortir et voir autre chose. Mes parents aussi commençaient à être tannés de me voir dans le sous-sol », lance Justin Lalande en riant. 

Le jeune homme de 19 ans, de Joliette, étudie en théâtre au cégep. Il admet que pendant les premières semaines du confinement, il a songé à toucher la PCU avant de se raviser. 

Justin Lalande ramasse les légumes à la main.
Photo Martin Alarie
Justin Lalande ramasse les légumes à la main.

Grâce à cette nouvelle expérience en agriculture, il a découvert une autre réalité. 

« Avant, je passais à côté des champs et je voyais des grosses machines. Je me disais que ça se récoltait tout seul. Mais non ! Y’a des gens qui les récoltent ces légumes-là », précise-t-il. 

Angélique Toupin, aussi âgée de 19 ans, a quant à elle été inspirée par son frère cadet, Jérémie, qui travaille dans le secteur agricole l’été depuis quelques années. 

« Je l’ai entendu appeler pour donner son nom et je me suis dit que je pourrais faire la même chose », raconte-t-elle. 

Réorientation

La jeune femme de Joliette travaillait comme étudiante dans un centre de conditionnement physique. Un boulot qu’elle n’a pas pu reprendre puisque les gyms viennent à peine à rouvrir à cause de la crise. 

À la ferme, elle a vite pris ses aises. Après quelques jours seulement, elle a commencé à effectuer des tâches plus complexes, notamment ramasser les asperges sur la récolteuse, une machine demandant d’être beaucoup plus rapide. 

Si elle trime dur, ce n’est pas le cas pour son entourage. « La majorité de mes amis ont décidé d’opter pour la PCUE . »

De son côté, Justin Lalande affirme lui aussi qu’il imagine mal certains de ses amis travailler à la ferme. Cependant, il ne veut pas être trop sévère envers eux.  

« Ce n’est pas donné à tout le monde. C’est très physique et il y en a qui ont d’autres forces et qui sont meilleurs dans des jobs plus intellectuels ou encore auprès du public », analyse-t-il.

Incitatifs financiers

Le montant de 1250 $ versé aux étudiants de niveau postsecondaire a été décrié par plusieurs acteurs du milieu agricole. L’Union des producteurs agricoles, notamment, soutient que la PCUE nuira aux efforts de recrutement. 

Mario Rondeau, propriétaire de la ferme Primera est du même avis. 

« C’est venu miner nos chances d’avoir du personnel », affirme-t-il. 

Le spécialiste des asperges croit cependant que la prime de 100 $ par semaine octroyée par Québec à ceux qui prêteront main-forte aux champs est plus aidante. 

« J’en ai deux ou trois que j’ai pu recruter grâce à cela », dit-il. 

Quant à Justin Lalande, il soutient que ce n’était pas l’incitatif premier. 

« Je l’ai appris quand j’ai commencé. Mais c’est sûr que c’est plaisant », avoue-t-il.