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Le «nous» éclaté

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Le nationalisme ouvert du Québec depuis les années soixante est K.-O. À l’évidence, le ciment social s’est peu à peu effrité. Nous ne sommes plus un peuple avec une histoire, des valeurs communes et des espérances partagées.

Ce rêve-là semble définitivement brisé. Il serait étonnant que le 24 juin, jour de la Saint-Jean-Baptiste dans le calendrier liturgique, ne soit pas débaptisé d’ici quelques années. Car la fête nationale n’est plus ni une fête ni nationale.

Soyons lucides. Le Québec rend les armes qui nous ont permis de traverser des siècles de luttes collectives et de combats essentiels, qui ont assuré notre survie.

Le français aux yeux des nouvelles générations des « like », des « kids », des « youtubeurs » et des haussements d’épaules devant les vieux anachroniques qui le défendent encore, mais avec moins de souffle, forcément, a perdu ses plumes. Le français s’est transformé en un duvet semblable aux cheveux sur la tête d’un chauve.

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Affrontements

Dorénavant, le Québec est une arène où s’affrontent les francophones et les anglos et allophones, les Blancs et tous les racisés, noirs, bruns, autochtones, etc., les femmes et les hommes, les religieux et les laïcs, les hétéros et les homosexuels, les hétéros et homosexuels versus les transgenres, et parfois les souverainistes et nationalistes versus les fédéralistes multiculturalistes.

Le « nous » n’est plus collectif. Il est réduit à une appartenance qui relève du clan, de la tribu ou d’une minorité même la plus minoritaire.

Le « nous » exclut les Montréalais, eux-mêmes relégués non seulement dans leurs quartiers, mais dans leurs enclaves départageant les riches et les moins nantis, comme le haut d’Outremont et de Westmount et le bas de ces deux villes ghettos en quelque sorte.

D’ailleurs, il suffit d’observer les lieux où se déroulent les festivités, ou ce qu’il en reste, de la Saint-Jean pour comprendre l’éclatement du Québec, qui est en train de se vider de sa mémoire et de sa distinction face au Canada.