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Le Québec est indestructible

Le Québec est indestructible
Photo d'archives Pascal Huot

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Ce soir, c’est la nuit de la Saint-Jean, fête nationale du Québec, mais célébrée également dans plein d’autres pays catholiques et celtes, où on prolonge par un immense feu de joie l'une des journées les plus longues de l’année.

Pour un paquet de raisons, justifiées ou pas, au Québec, on se demande s’il faut célébrer.

Les Québécois sortent de leur confinement annuel qui a duré plus longtemps qu’à l’habitude et pris un tour plus anxieux. Ils ont goûté à l’étrange appartenance d’être seuls ensemble. Leur fierté est amochée — mais pas leur solidarité — par le drame des CHSLD. Nous avons un mauvais bulletin de pandémie. Ça n’a pas si bien été.

En même temps que nous approchons de cette nuit de solstice, blessés, mais toujours invaincus, comme le soleil qui ne disparaît jamais pour toujours, la douleur exprimée par nos sœurs et nos frères, à qui on ne donne pas assez l’impression de nous appartenir, nous est entendue. Beaucoup de Québécois ont mal qu'on leur fasse le procès des crimes des voisins. Ils ont raison, mais ils doivent garder en tête que la douleur d’être jugés, peut-être injustement, est moins inacceptable que celle d’être tenus dans l’infériorité. Les Québécois devraient le savoir, en fait.

Ainsi, dans ce contexte, je vois paraître ici et là des interventions de Québécois, des chroniques de collègues, qui se demandent quel Québec il y aurait à fêter cette année. Le Québec des arcs-en-ciel ou celui des CHSLD? Le Québec de la fierté de durer en français ou celui d’une diversité poussée au point de nous dissoudre? Quelle fête nationale peut-il y avoir quand on ne peut même pas se rassembler et faire un feu à ciel ouvert? Y a-t-il encore un Québec à fêter?

Je réponds oui, sans hésitation, pour une raison très simple que j’ai mise dans mon titre et qui m’a été confiée par un homme politique m'ayant beaucoup inspiré.

Le Québec est indestructible.

Le Québec dure et durera parce que son existence repose sur un grand secret, et c’est la méconnaissance de ce dernier qui fait en sorte qu’il reste suspendu dans les limbes de l’existence.

La survie et la grandeur du Québec ne dépendent que de la volonté de ceux qui le composent et le font vivre. Ça n’appartient qu’à nous, et nous l’ignorons.

Je ne suis pas de ceux qui disent que ça ne pourra pas toujours ne pas arriver, mais je pense que ça pourra arriver tant que nous serons encore capables de réaliser que notre existence ne dépend que de notre seule volonté. Plus encore, je pense que la seule chose qui peut détruire notre peuple, c’est l’indifférence de ceux qui le composent à la forme de son destin, pour citer Dumont et Laurin.

Y a-t-il, donc, encore un Québec à fêter? Oui. Tant qu’il y en aura pour vouloir durer, il y en aura un.

Si tu as envie de fêter ton Québec, personne ne t'en empêchera. Ça n’appartient qu’à toi.

Quel Québec faut-il fêter? Tous les Québec. Tous ceux chantés par nos chansonneurs, de Natashquan aux ruelles de Montréal, en survolant la terre du vieux dans le bas du fleuve, puis l’île de Félix, au rythme des tambours des frères Diouf.

Lève-toi, peuple du Québec. Célèbre la nuit trop chaude qui ne durera pas. Sers à boire à ceux qui viennent d’arriver. Rappelle-toi qu’on a envie de se joindre à ceux qui se tiennent debout. En levant ta bière bien haut, fais retentir nos plus beaux airs et demande à ceux qui arrivent de te faire entendre les leurs. 

Approprions-nous les uns les autres. 

Québec meurtri, sorti d’un hiver trop long. Québec qui ne reconnaît plus son visage sur la surface du lac aux eaux claires. Québec néanmoins invaincu. Québec qui va durer, au moins pour un autre cycle solaire. Et pour un autre. Et encore un autre.

Lève-toi dans la nuit, Québec, et éclaire-la de ton propre feu de la Saint-Jean, celui qui brûle dans huit millions de cœurs imparfaits.